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"Infiltrés 403 jours au cœur du PS et de l'UMP". La quatrième de couverture a de quoi séduire. Problème : après s'être passionnés pour la campagne présidentielle, les Français ont témoigné d'une overdose lors du scrutin suivant. Alors pourquoi, à peine la digestion de ces échéances électorales terminée, remettre le couvert et se plonger dans Infiltrés, épais bouquin de 380 pages? Tout simplement parce que Baudouin Eschapasse et Aymeric Mantoux ont réalisé un véritable travail de journaliste. Leur travail s'inscrit sur la durée et emmène les lecteurs là où peu d'entre eux ont leurs repères : la vie interne d'un parti politique. Pas assez de temps, peur de répercussion sur sa situation professionnelle, etc. les Français s'en sont détachés. Pourtant, les partis continuent d'exercer une certaine fascination.
Avec ce livre, on prend plaisir à s'immerger au sein de sections parisiennes du PS et de l'UMP. L'aventure démarre en mars 2006 pour s'achever au lendemain de l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République. On ressent les ambitions du chef de l'UMP, la montée du phénomène Ségolène Royal, mais aussi les critiques qui poursuivent la candidate socialiste. On s'aperçoit aussi de certains errements administratifs de ces machines à faire élire.
Plutôt agréable à lire, écrit sur un ton jeune et volontiers moqueur, Infiltrés pêche par endroits. Il faut même s'accrocher pour passer outre certains passages. Mais c'est aussi le reflet d'une campagne : entre zones de turbulence et de calme trop plat, les partis s'emploient à assurer la pérennité de leur action. Bien entendu, on ne coupe pas à quelques délicieuses séquences de off, qui voient certaines personnalités se lâcher après s'être assurées de l'absence de journalistes. Problème : il y en avait bien un, camouflé derrière son masque de militant. Voilà le point sur lequel Infiltrés interpelle. À l'heure où progressent la vidéosurveillance et le verrouillage de la communication politique, comment expliquer que personne, au sein des deux partis monstres, ne se soit soucié de la présence de deux journalistes parmi les leurs et ait pris quelques renseignements ? D'autant que, depuis septembre 2006, Aymeric Mantoux, qui a guetté le parti de la rose, affiche à son tableau de chasse un ouvrage intitulé Ségolène Royal, la dame aux deux visages…
Infiltrés, Baudouin Eschapasse et Aymeric Mantoux, éditions Privé, 380 pages, 18 euros.
Pour élire le président de la République, glisser un bulletin dans une enveloppe et attendre les résultats ne suffisent pas. Organisation des bureaux de vote, impression et distribution des bulletins mais aussi dépouillement des votes, remontée des résultats en préfecture et rédaction des procès-verbaux nécessite une sacrée organisation.
Dimanche, entre la visite chez le boulanger et le passage à table, beaucoup feront une halte par leur bureau de vote. Un geste important et symbolique. Mais finalement assez simple. La tenue d’une élection d’envergure nationale exige à l’inverse un dispositif complexe, qui nécessite force de moyens et d’énergie.
Vous l’ignorez peut-être, mais tout a démarré en août dernier. À cette date, les maires ligériens devaient avoir fixé le nombre et la localisation des bureaux de vote de leurs communes. Avec comme consigne du ministère de l’Intérieur : ne pas excéder le ratio de 800 à 1 000 électeurs par site. Histoire d’éviter les embouteillages devant l’isoloir, susceptibles de rebuter les électeurs les moins motivés.
Puis les premiers magistrats ont transmis leurs travaux au préfet. Après validation, celui-ci a rédigé, comme chaque année, un arrêté. Bien que réalisé en août, ce texte n'est entré en vigueur qu'au 1er mars de cet exercice. Entre-temps, l’Etat a lancé « un appel d’offres ouvert » aux imprimeurs pour la confection des bulletins de vote . Vu l’étendue du travail, c’est un groupement d’imprimeurs qui a emporté le gros lot dans la Loire.
La première fournée a été livrée dans trois lieux, un par arrondissement : Roanne, Montbrison et Firminy. Via les communes, la préfecture et les sous-préfectures ont alors redistribué les bulletins aux bureaux de vote. Qui accueilleront les électeurs de 8 à 18 heures. Voire 20 heures pour ceux situés dans les grandes villes françaises.
Place au dépouillement
Dès la clôture des scrutins, place au décompte. Première étape : vérifier que le nombre d'enveloppes récoltées par les urnes correspond aux émargements. Regroupées par parquet de cent, elles sont introduites dans de plus grandes enveloppes, cachetées et signées par le président du bureau ainsi qu'au moins deux assesseurs représentant les listes ou les candidats. A noter que cette opération n'intervient que pour les localités de plus de cent électeurs.
Un premier scrutateur ouvre les enveloppes, réparties entre les tables de dépouillement. Et transmet les bulletins à un deuxième individu, qui les lit à haute voix. Le bureau peut arrêter le nombre de suffrages exprimés, blancs et nuls, ainsi que les résultats. Le secrétaire du bureau rédige à cet instant le procès-verbal. Il doit notamment comporter le nombre d'électeurs inscrits, de votants, de suffrages exprimés, de suffrages recueillis par chaque candidat ou liste. Une fois établi, le président du bureau annonce le résultat au public puis affiche le procès-verbal.
Des résultats locaux aux nationaux
Deux méthodes permettent de faire remonter ces informations. Officieuse, la première est celle qui permet aux chaînes de télévision d'annoncer, vers 20 heures, le nom des deux candidats invités à s'affronter lors du deuxième tour. Pour cela, les communes faxent les résultats dès la fin du dépouillement. Direction la préfecture, où des fonctionnaires s'activent pour les saisir sur une application informatique. Grâce à elle, les données remontent jusqu'au ministère de l'Intérieur, qui les centralise puis les communique aux médias.
La deuxième procédure, plus longue, reste la méthode officielle. Dans la nuit du dimanche au lundi, les communes, avec l'aide de la gendarmerie ou de la police nationale, font remonter les procès-verbaux à la préfecture. Une commission vérifie et envoie un récapitulatif au Conseil constitutionnel. Celui-ci a notamment pour mission d’entériner les données. A lui de régler certains litiges. Cela concerne par exemple des bulletins qu’un bureau de vote a hésité à juger comme nul. Les chiffres finaux pour le premier tour sont alors officialisés. Généralement, les deux heureux élus ne les ont pas attendus pour préparer la suite des évènements.
Bureaux de vote, qui fait la loi ?
Pour chaque bureau de vote, la loi impose la désignation d'un président, d'un secrétaire et d'au moins quatre assesseurs. Comme l'explique le code électoral, "les bureaux de vote sont présidés par les maires, adjoints et conseillers municipaux dans l'ordre du tableau. À leur défaut, les présidents sont désignés par le maire parmi les électeurs de la commune". En cas d'absence du président, celui-ci désigne un suppléant parmi les conseillers municipaux ou les électeurs de la commune, ou, à défaut, par le plus âgé des assesseurs. L’assesseur le plus jeune doit lui remplacer le secrétaire en cas de forfait de ce dernier.
Jacques le séducteur, Chirac le killer. Ce portrait de leur président, les Français ne le découvrent pas avec ce Chirac, mon ami de trente ans. L'intérêt de cet ouvrage ? Son auteur, Jean-François Probst, a longtemps travaillé dans l'entourage proche de Jacques Chirac. Et connaît donc suffisamment les ficelles pour livrer un témoignage crédible. Aussi amusant que déstabilisant.
Chaque chapitre renvoie à un aspect de la personnalité de Jacques Chirac ou à un épisode de sa vie. Certains fourmillent d'anecdotes croustillantes. Pêle-mêle, "le tour de Paris, un soir bien arrosé, dans la Ferrari de Johnny", les femmes, mais aussi le torpillage de la campagne d'Edouard Balladur en vue de la présidentielle de 1995. Comme il avait déjà politiquement "assassiné" avant lui Jacques Chaban-Delmas, Valéry Giscard d'Estaing et d'autres moins connus du grand public.
Jean-François Probst livre aussi de nombreux détails sur les épisodes sombres de cette carrière. Il détaille notamment l'organisation du système Chirac en Corrèze, les emplois fictifs, présente ses bras droits successifs et liste les excès. Frais de bouche astronomiques, cave remplie de millésimes qui doivent être "jetés", à cause de "conditions imparfaites" ou encore dépenses en fruits et légumes supérieures à 1 000 francs par jour figurent en bonne place. Ce dernier point, l'auteur le justifie en racontant que Jacques Chirac menait campagne sur les fonds publics. Il organisait ainsi de nombreux déjeuners et autres soirées. Cela participait "au lobbying nécessaire au candidat malgré le financement public des partis et le remboursement par l'Etat des campagnes électorales", peut-on lire.
Jacques Chirac aurait été adopté
Jean-François Probst distille quelques indiscrétions personnelles concernant son "ami de trente ans". Il détaille la manière avec laquelle Bernadette exécute certains ex-alliés de son mari. Il évoque aussi leurs deux filles à travers les tentatives de suicide de l'aînée, Laurence, puis l'ascension de la cadette, Claude. Qui, au début des années 90, n'appelle plus son père "Papa", mais "Chirac". Il raconte la non publication, d'après lui grâce à une intervention Dominique de Villepin d'un livre sulfureux en 1996, Les années vertes du président. Et pour cause. Écrit à partir du journal intime d'une amie de la mère de Jacques Chirac, il suggérait que ce dernier aurait été adopté. Après la perte d'une petite fille, cette derniière aurait été victime d'une septicémie. "Un chirurgien lui aurait ligaturé les trompes (…), dix ans avant la naissance de Jacques", pourrait-on y lire.
Election présidentielle oblige, Jean-François Probst revient sur le deuxième quinquennat de Jacques Chirac. Il regrette que celui-ci ait succombé "aux délices du sectarisme partisan". Pour l'auteur, le président aurait du profiter des 82 % obtenus au second tour de l'élection de 2002 suffrages pour "injecter une forte dose d'espoir au moral des Français".
Un parallèle entre Miterrand et Chirac
Pourquoi alors révéler tant de "secrets" ? L'explication se trouve peut-être dans l'éviction du RPR de l'auteur en octobre 2000, par Michèle Alliot-Marie. Pourtant, Jean-François Probst conclut étrangement. Il souhaitait que Chirac se positionne pour un troisième mandat. Surtout pour faire barrage à un Nicolas Sarkozy "trop impatient, trop arrogant, démantibulé par les sondages". A l'heure de la rédaction de son libre, Probst assure même que "notre héros, celui de la grande épopée chiraquienne", réfléchit à "laisser la politesse à Marie-Ségolène (Royal)". "Vous êtes tenté, chacun le devine", insiste l'auteur.
Plus tôt dans le livre, on redécouvre que, plus jeune, Jacques Chirac vendait L'Humanité et fréquentait Rocard ainsi que le PSU. Un parcours finalement à l'inverse de son prédécesseur. "François Mitterand et Chirac se sont détestés, appréciés, considérés et puis, à la fin, sûrement aimé", analyse Jean-François Probst. Pour lui, Mitterand était Machiavel et Chirac Borgia. "Il tue, mais jamais complètement. La victime peut toujours resservir." Une phrase qui résonne comme un écho au dossier sorti ces dernières semaines par le Canard enchaîné, concernant un deal entre Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy. Le premier apporterait son soutien au second. Une fois élu, celui-ci s'arrangerait pour que le premier ne soit pas la cible des juges, une fois son immunité présidentielle levée.
Chirac, Mon ami de trente ans, Jean-François Probst, Denoël, 270 pages, 18 euros
Santé publique
Dominique de Villepin l'a annoncé courant octobre. Dès le 1er février prochain, il deviendra interdit de fumer dans certains lieux publics, les bars-tabac, discothèques et restaurants disposant d'une année supplémentaire pour s'adapter. Une décision qui fait réagir, de Renaud, composant une chanson encourageant à délaisser la cigarette, à Nicolas Sarkozy, qui la juge disproportionnée.
Cette fois, on y est. Malgré l'approche des échéances électorales, Dominique de Villepin a tranché. Début octobre, le Premier ministre a annoncé la prochaine interdiction de fumer dans les lieux publics. Une décision dans l'air depuis déjà quelques mois, après une première annonce de Xavier Bertrand, ministre de la Santé, en août dernier. La majorité a pris son temps pour affirmer sa position. Reste que, au nom de "la santé publique", le chef du gouvernement a choisi.
Son projet prendra la forme d'un décret, a priori publié courant novembre. Ceci, afin qu'il puisse prendre effet dès février prochain. Plutôt que d'étoffer la loi, Dominique de Villepin a donc favorisé "la voie réglementaire", plus rapide. Pour justifier cette décision, il s'est appuyé sur les travaux de la mission parlementaire, qui estime à 65 000 le nombre de décès annuels en France à imputer au tabac. Pourtant, cette mission présidée par Claude Evin - déjà auteur, en 1991, d'une loi qui porte son nom, relative à la lutte contre le tabagisme et l’alcoolisme - préconisait une interdiction totale au 1er septembre 2007. Le Premier ministre a opté pour une autre voie, celle d'une interdiction en deux temps.
Au 1er février, seuls certains types d'établissements seront concernés, à savoir "les écoles, les lycées, les collèges, les administrations, les entreprises (et) les magasins". Les discothèques, restaurants et autres bars-tabac disposeront d'un sursis d'une année.
Le montant des amendes déjà fixé
Tous les lieux publics devront afficher non-fumeurs au 1er janvier 2008. Comme souvent, c'est par le porte-monnaie que l'on sanctionnera les récalcitrants. Surpris en train de fumer dans un lieu public coûtera 75 euros. De quoi dissuader, à la longue, de sortir son briquet de sa poche. Et les gérants d'établissements devraient aider ceux qui ne parviendraient pas à se contrôler. Pas forcément par compassion, mais parce qu'une épée de Damoclès pointe également au-dessus de leur comptoir. Montant de la note : 150 euros.
En contraignant de la sorte les fumeurs, l'Etat espère les inciter à interrompre tout contact avec la nicotine. Si le chanteur Renaud a donné le la avec sa dernière chanson, "Arrêter la clope", cela n'empêche pas Dominique de Villepin, qui déclare n'avoir jamais fumé, de mesurer l'ampleur de la tâche. Celui-ci entend bien aider les individus motivés à passer le pas, en finançant "un tiers du coût (des) traitements". Les réfractaires, eux, trouveront écho du côté de Nicolas Sarkozy. Le week-end dernier, le ministre de l'Intérieur s'est opposé à son collègue Premier ministre, se déclarant favorable à "des adaptations géographiques". "Interdire de fumer là où on vend du tabac, c'est curieux", a-t-il poursuivi. La guerre du tabac est ouverte.