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L'été dernier, Cédric Varrault a quitté le premier et unique club professionnel qu'il a connu. Arrivé chez les Verts sans faire de bruit, le défenseur fait partie des satisfactions individuelles. Bagarreur sur le plan défensif, il sait aussi se muer en contre-attaquant, lui qui a déjà marqué sous ses nouvelles couleurs.
C'est l'une des bonnes surprises d'un recrutement stéphanois guère épargné par les critiques.Pourtant, bon nombre de supporters stéphanois se sont posé des questions lorsque Cédric Varrault a endossé le maillot vert avec pour mission de combler un poste de latéral gauche vacant depuis le départ pour Toulouse de Hérita Ilunga. Car bien que droitier, c'est pour sa polyvalence et son aisance sur le côté gauche, où il a évolué le plus souvent pendant six saisons, que les dirigeants stéphanois l'ont débauché de Nice l'été dernier, à un an de la fin de son contrat. Après tout, comme il le dit lui-même, "défensivement, que ce soit à droite ou à gauche, c’est le même poste".
Titulaire indiscutable et régulièrement capitaine sur la côte d'Azur, Cédric Varrault a semble-t-il été victime du "syndrome Julien Sablé". C'est à dire qu'une partie d'un public qui l'avait jusque là adulé a fini par lui tourner le dos. Depuis l'ouverture du championnat, le peuple vert, lui, n'a pas grand-chose à reprocher à son nouveau joueur.
Il faut dire qu'il incarne des valeurs appréciées du public stéphanois. Le défenseur ne rechigne pas à aller au charbon, en témoignent les séances de pose de points de suture, à l'arcade sourcilière lors de la rencontre face à Marseille puis au coup de pied à Toulouse. Egalement contrarié par une blessure aux adducteurs, le natif de Blois n'a pas encore donné sa pleine mesure. Fort de près de 200 matches parmi l'élite, il reste toutefois incontournable aux yeux de Laurent Roussey, qui se prive rarement de ses services.
Un sacré caractère
Relativement discret depuis son arrivée, Cédric Varrault n'en possède pas moins un caractère bien trempé. Demandez donc au journaliste niçois giflé dans les couloirs du stade du Ray ou au Valenciennois Grégory Pujol, victime mi-janvier d'un tacle très appuyé qui valut un carton jaune à son auteur.
Pour autant, il ne doit pas être catalogué comme un simple "bourrin". Il figure même parmi les latéraux reconnus de notre championnat. Suivi un temps par Marseille et le Paris Saint-Germain, le néo-Stéphanois a justifié cette réputation en démontrant sa capacité à aller de l'avant. Ce fut le cas face à Caen, partie lors de laquelle il offrit le troisième but à Bafé Gomis d'un centre tendu après un relais avec Dimitri Payet, mais aussi au Mans, où il signa de la tête le but du 1 à 1.
Visiblement, son intégration progresse bien. Dans la Loire, le numéro 2 des Verts a trouvé des valeurs qui lui correspondent. De toute façon, l'Aiglon s'était préparé à quitter la région qui l'a vu grandir, à voler de ses propres ailes pour aller tenter l'aventure ailleurs. Ce n'est d'ailleurs pas la première intersaison qu'il discutait avec le club forézien.
Cette fois, la négociation a abouti et c'est un élément ambitieux qui a rejoint l'escouade de Laurent Roussey. "Je suis venu ici pour franchir une étape supplémentaire par rapport à ce que j’ai connu à Nice, nous confie-t-il. (L'ASSE) est vraiment un club dans lequel j’avais envie de venir."
"Nous allons y arriver"
Reste que le classement ne correspond pas forcément aux attentes du début de saison. Cela n'empêche pas le latéral de prôner la patience envers un groupe en construction. Sans pour autant se voiler la face : "Nous avons tout de même été cinquièmes…" A vingt-huit ans – il les a fêtés le 30 janvier –, Cédric Varrault possède une certaine lucidité.
"Ce championnat est serré et que nous ne sommes pas encore distancés, explique-t-il. il faut retrouver vite la première partie. Car le risque est aussi que la seconde partie du tableau se rapproche rapidement." Une situation qu'il a bien connue avec l'OGN. Mais qu'il refuse d'envisager : "Tout le monde vous dira que pour souder un groupe, il faut du temps. Nous sommes tous conscients de ce qu’il faut faire et nous allons y arriver." A cette mission collective, Cédric Varrault doit viser un objectif individuel. Fort d'une acclimatation réussie, il ne lui reste plus qu'à s'affirmer comme un cadre de cette génération "no-limit". Et à enfin remporter des trophées, lui le finaliste malheureux de la Coupe de la Ligue 2006.
Article parue dans l'édition de février de La Gazette des Verts
L'écart s'est resserré entre Saint-Etienne et la zone rouge. Pourtant, les tensions semblent s'apaiser. Mais avec la fin du mercato et l'éventuelle arrivée d'un directeur sportif, le club stéphanois devrait faire parler de lui dans les prochains jours.
Par Rédaction Sport24.com
Franck Talluto
Notre correspondant à Saint-Etienne
Une drôle d'ambiance règne autour de l'AS Saint-Etienne. Treizièmes à la trêve avec cinq longueurs d'avance sur la zone rouge, les Verts ont depuis vu fondre un peu plus sur eux les équipes du bas de tableau. Désormais, seuls trois points les séparent d'Auxerre, premier relégable. Pourtant, la sérénité semble revenue du côté du centre d'entraînement de l'Etrat, où les supporters avaient manifesté leur mécontentement au lendemain de la défaite concédée à Valenciennes. Bizarre, lorsque l'on sait que l'équipe n'a glané que quatre unités lors des trois matches qui ont suivi.
Oui mais voilà, le public voit ses joueurs, à l'image de Blaise Matuidi, faire de nouveau preuve d'une vertu qu'il affectionne : la détermination. Bien que pas toujours sereins, Loïc Perrin et ses coéquipiers ont montré devant Rennes, Bordeaux et Lyon un tout autre état d'esprit, bagarreurs et enfin rassurants en situation défensive, loin de la passivité jusque-là affichée sur les coups de pied arrêtés. Pourtant, l'effectif a dû jongler avec les absences liées la Coupe d'Afrique des Nations, aux blessures et aux suspensions, notamment en Gironde. Sans dommages. Certains éléments-clés se seraient-ils endormis sur leurs lauriers avant de vouloir soutenir leur coach ? Toujours est-il que la pression cristallisée sur Laurent Roussey a coïncidé avec le réveil de son groupe. Une impression confortée avec le détour par le banc de touche de Bafétimbi Gomis après son but face à Lyon dimanche soir.
Un mois de mars décisif
Quelques incertitudes demeurent. Si Roussey avait exprimé son refus de se voir assisté dans une organisation à la lensoise, il n'aurait rien contre une collaboration avec un directeur sportif. Le profil de Henryk Kasperczak, sélectionneur démissionnaire du Sénégal, semblait s'imposer. Aucune décision n'a pour l'heure été officialisée. Côté mercato, on fermera boutique jeudi soir. Pourtant, les dirigeants stéphanois n'ont pas forcément renoncé à engager un voire deux éléments. Priorité à l'attaque. Depuis le départ de Lars Nilsson, seuls David Gigliotti et le jeune Maodomalick Faye (20 ans, sept buts en CFA) pourraient pallier une défaillance de Bafétimbi Gomis, Ilan ayant décidé d'évoluer plus en retrait. Motif d'espoir, les Verts disputeront huit de leurs quinze derniers matches à domicile, où ils se montrent plus efficaces. Surtout, ils vivront un mois de mars décisif avec des déplacements à Marseille et Auxerre et les réceptions à Geoffroy-Guichard de Toulouse, Lens et le Mans. On devrait alors y voir plus clair. En attendant, les Stéphanois disposent de dix jours pour bien préparer leur prochaine rencontre à Strasbourg, puisqu'ils ont déjà dit adieu à la Coupe de France.
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Pour éviter de ralentir le jeu, dix ramasseurs de balle sont postés au bord de la pelouse de Geoffroy-Guichard. Une activité réglementée par la Ligue de football professionnel et assurée par les benjamins de l'AS Saint-Etienne, sous l'œil de bénévoles du club.
Iliès n'est pas peu fier de son coup. Alors qu'il suscite l'admiration de ses acolytes, il reprend tout sourire la route du vestiaire, son trophée sous le bras. Un maillot messin, le seul que les ramasseurs de balle de Geoffroy-Guichard ont pu glaner en ce samedi soir de décembre. Côté stéphanois, seul Moustapha Bayal Sall a eu une petite pensée pour eux. Il a offert ses gants.
Avant de pouvoir se lancer dans la chasse à la verte tunique, les ramasseurs de balle stéphanois ont dû patienter près de trois heures. Petit retour en arrière. Il n'est pas encore 19 heures lorsque Alain Bouderdara et Georges De Mendonsa arrivent au stade. Le rendez-vous avec les enfants et leurs parents est fixé une heure avant le début de la rencontre. Dix des quarante-huit benjamins licenciés à l'AS Saint-Etienne sont convoqués ce soir. Choisis par ordre alphabétique. "Comme cela, il n'y a pas de favoritisme", précise Alain. Retraité bénévole au club depuis de nombreuses années, il s'occupe aussi des moins de 18 ans et de l'intendance auprès des jeunes joueurs.
Regroupés devant l'entrée de la tribune Henri Point, les premiers enfants sont arrivés. On les reconnaît à leur survêtement aux couleurs de leur club et à leurs mines réjouies. Ce que confirme Patrick, papa de Dylan, retenu pour la deuxième fois cette saison après la réception de Marseille : "Il est heureux de venir ce soir, il n'a pas arrêté d'en parler à ses copains." Le papa, qui dispose, comme chacun des dix autres accompagnateurs, d'un billet de match, reconnaît aussi que "c'est sympa de voir son fils sur la pelouse".
"Derrière Janot, mon idole"
En attendant l'ultime retardataire, Alain délivre les premières consignes. Bien que très excités, Djibril, Farès, Mathis et les autres essaient d'être attentifs. Tout sourire, ils passent ensuite les tourniquets et pénètrent dans un Chaudron encore peu garni. Direction le vestiaire qui leur est réservé. Un peu plus tôt, Alain a tout préparé. Survêtement, parka et bonnet de couleur sombre ont pris place sur les portemanteaux. Reste à répartir le tout en fonction des tailles.
Quelques-uns souhaitent prendre les bonnets. "C'est tout le monde ou personne", tranche le responsable, qui procède au vote. La majorité l'emporte, ce sera sans. Une négociation peut en cacher une autre. Place à la répartition de chacun sur le terrain. Un par poteau de corner, un derrière chaque but et deux par ligne de touche. Les postes clés sont confiés aux "anciens", plus expérimentés. Djemin en fait partie. Il veut le numéro 3. Accordé. "Derrière Janot", s'écrie-t-il. Précision du jeune garçon à la crête : "C'est mon idole, je joue au même poste que lui."
La question des places réglées, petite séance de tableau blanc. Le poste de chacun est représenté, notre bénévole passe aux recommandations. "On se concentre, on ne fait pas signe à ses parents, explique-t-il. Soyez prudents, car s'il y a deux ballons sur le terrain, l'arbitre arrêtera le jeu." Après avoir rappelé qu' "on donne toujours le ballon à la main", Alain demande à ses petits protégés de se méfier du terrain, particulièrement glissant ce soir-là. Djibril, qui a eu du mal à s'arrêter de rire quand il le fallait, a tout prévu. Il a chaussé ses crampons.
Le délégué s'en mêle
L'horloge tourne. Dix minutes avant le coup d'envoi, les ramasseurs de balles rejoignent enfin le couloir carrelé qui les conduit au gazon du Chaudron. Une petite chorégraphie leur impose de tourner autour du rond central avant d'aller s'installer.
Alain et Georges, eux, prennent place derrière les panneaux publicitaires côté Henri Point, à hauteur du milieu du terrain. Une position idéale pour s'assurer que tout se passe bien. Ce qui n'est pas vraiment le cas puisque le délégué de la Ligue intervient dès les premières minutes de jeu. Motif : le ballon ne revient pas assez vite sur le terrain. Alain fait le tour du terrain pour rappeler à chacun sa mission. Ce qui, visiblement, ne suffit pas puisque le délégué vient carrément le trouver pour lui répéter le message.
A l'issue d'un premier acte assez triste, les petits Verts déposent leurs ballons dans le filet noir et retournent au chaud. A l'abri du froid mais pas de leurs responsables, mécontents et qui rabâchent les consignes. Cette fois, plus personne ou presque ne rit. Le temps de croquer dans les sandwiches et de prendre une poignée de chips qu'il faut y retourner.
Supporters de leur club
Au cœur de l'ambiance, les jeunes ramasseurs de balle côtoient ce soir d'autres gamins. En l'occurrence ceux du FC Metz, dont les maillots des numéros 33, 34 et 35 ne sont même pas floqués à leurs noms. Des Grenats qui se battent avec leurs armes mais finissent par céder. Lorsque Christophe Landrin ouvre la marque, les benjamins ne manquent pas de fêter le but. Ce qui n'empêche pas Alain de se lancer dans un nouveau tour de stade pour les contrôler.
Juste après le magnifique lob de Pascal Feindouno, l'arbitre siffle la fin de la rencontre. Le sprint démarre pour nos ramasseurs de balle. Avant de pouvoir se lancer à la poursuite de leurs idoles, ils doivent en effet venir dans la direction opposée ranger les ballons. L'agitation ne dure que quelques minutes, les "pros" ont déjà rejoint leurs quartiers. Il est l'heure de retourner se changer et de rentrer à la maison. Si l'un des ramasseurs de balle a gagné sa soirée, les autres se consolent comme ils peuvent, certains espérant secrètement incarner la future idole de Geoffroy-Guichard. Ce soir, les Verts ont gagné. C'est déjà ça. Après tout, "elle était bien cette deuxième mi-temps".
Article paru dans l'édition de décembre de La Gazette des Verts
Michel Dadolle fait partie des trois agents chargés par Saint-Etienne métropole de l'entretien de la pelouse de Geoffroy-Guichard. Alors qu'il y exerce sa trentième saison, il explique avec enthousiasme comment remplir son objectif de proposer un beau terrain de jeu aux footballeurs et délivre quelques sympathiques anecdotes.
En football, les entraîneurs aiment répéter que, pour voir un bon match, il faut deux bonnes équipes. Ils oublient souvent un ingrédient essentiel : une belle pelouse. Afin de permettre au public stéphanois de se régaler, Saint-Etienne métropole, qui gère Geoffroy-Guichard depuis 2001, fait confiance à Marc Gallet. Sous ses ordres, trois agents sont chargés de l'entretien du terrain d'honneur et de celui situé au pied de la tribune Jean Snella. Parmi eux, Michel Dadolle, 49 ans, trentième saison à bichonner le gazon stéphanois. Matériel, tâches et anecdotes, ce sosie de l'entraîneur guingampais Victor Zvunka prend plaisir à parler de son métier. Un sourire permanent en témoigne.
Pourtant, rien ne le prédestinait à occuper cette fonction. "J'ai une passion pour les moutons, lâche-t-il à la fin de l'entretien. J'aurais aimé en élever, mais cela n'a pas été possible. Aujourd'hui, je me rattrape un peu en dehors de mon travail, puisque j'en possède quelques-uns." Originaire de Grezolles – commune équidistante de Feurs et de Roanne où il a joué pendant trente-cinq ans au basket "par plaisir" – le jeune homme intègre le lycée agricole de Précieux, à Montbrison. Diplôme en poche, il garnit les rangs de l'armée.
Quand arrive la "quille", le voilà qui se lance en quête d'un emploi. Le sport va l'aider à rebondir, lui qui est alors licencié – comme coureur de demi-fond – au Case, ancêtre de l'actuel Coquelicot 42. Grâce à ses contacts, il fait une demande fructueuse pour un poste en mairie. Avec une seule exigence : "Travailler en extérieur." Nous sommes en 1977 et Michel Dadolle s'occupe des installations sportives. Il débute à l'Etivallière, avec pour mission de boucher les trous et d'assurer le nettoyage. De temps en temps, il donne un coup de main à Geoffroy-Guichard, là aussi pour remettre les mottes en place. L'année suivante, il y est dévolu à plein temps.
Portefeuille et soutiens-gorge dans les tribunes
Depuis, le cheveu s'est fait grisonnant et des sociétés sous-traitantes se chargent du ménage dans les tribunes. Entre-temps, ce passionné "de tous les sports" a donc été transféré à Saint-Etienne Métropole, comme l'indique le logo floqué sur son pull. Pourtant, il n'a pas oublié ses premiers pas sur le tapis de jeu des footballeurs. "A l'époque, ils étaient encore très abordables, même si le club jouait les premiers rôles en France et disputait la coupe d'Europe, se rappelle-t-il. Après les matches, on retrouvait de tout au stade : des portefeuilles, des soutiens-gorge…" Remplacés par des pièces, boulons et autres piles lorsque l'AS Saint-Etienne vit des heures plus difficiles.
Le travail de Michel n'a lui pas beaucoup changé. L'objectif reste de présenter un gazon nickel. Et on ne badine pas avec les moyens pour y parvenir. Si la hauteur optimale se situe à 3 cm – "cela lui offre un meilleur enracinement" – joueurs et staff exigent qu'elle se situe entre 2,6 et 2,8 cm. Afin de ne pas stresser le gazon, ce qui peut le faire jaunir et l'empêcher de pousser, Michel et ses collègues – Sébastien et José, "des gars de métier" qui possèdent une formation agricole et/ou horticole – le tondent quotidiennement. Durant la semaine qui précède un match, ils doivent en outre nettoyer le terrain, combler les trous et marquer les lignes. Ce qui se fait la veille ou le jour de la rencontre. À cette occasion, on applique les requêtes des coaches. "Si je me rappelle bien, Frédéric Antonetti a été le premier à avoir des exigences particulières, confie notre homme. Il voulait que la pelouse soit mouillée. Laurent Roussey aussi, même s'il en revient, car en ce moment elle a tendance à glisser."
Déneiger les lignes pendant ASSE/OM
Le jour J, ils sont huit, renforcés par quelques employés municipaux. Principale mission : remettre en état le rectangle vert à la mi-temps puis dès le coup de sifflet final. "Une intervention immédiate avec nos piochons permet d'éviter que les mottes sèchent, ce qui leur est fatal", assure l'expert. Alors que les spectateurs ont quitté l'enceinte, deux à quatre heures sont nécessaires pour retrouver "un terrain nickel". Au programme : roulage et arrosage. Viendra ensuite le temps d'aérer ce tapis vert. Une fois par mois, on procède aussi à un décompactage, afin de l'assouplir. Pour diriger ces opérations, un hangar, sous la tribune Henri Point, regorge de matériel : tondeuse, ramasseuse, tracteurs, semoir à engrais, pulvérisateur ("pour l'engrais liquide et éviter les maladies") et feutreuses ("pour lutter contre la décomposition des herbes mortes") figurent en bonne place.
Le système qui permet de bâcher le terrain fait partie des dernières livraisons. Pas utilisé durant le championnat 2006-2007, il avait toutefois fait ses preuves lors du précédent exercice. Si les services météo émettent une alerte, on le déploie quatre jours avant le coup d'envoi. Un système de soufflerie permet quant à lui de maintenir une température agréable pour le gazon, mais soulève aussi la bâche, lui permettant de respirer. Pour fonctionner, cette technique nécessite "une équipe soudée", que viennent compléter employés municipaux et stadiers, car elle possède peu de temps pour retirer la bâche. Malgré cela, personne n'a oublié la réception de l'Olympique de Marseille, le 6 mars 2005. Pas forcément pour les mêmes raisons que Michel. "Pour la première fois de ma carrière, nous avons dû déneiger les lignes pendant que le match se jouait. Heureusement, je ne crains pas le froid", se souvient-il, aujourd'hui amusé par cet épisode.
"Fiers de proposer un terrain de qualité"
En ce lundi ensoleillé d'octobre, on distingue encore les lignes de rugby, recouvertes de peinture verte. "Il y en a encore pour quelques semaines avant que cela s'estompe", répond Michel Dadolle. Globalement, le gazon stéphanois se montre assez solide. Il l'imaginait plus abîmé que cela après le passage de la Coupe du monde de rugby. Il garantit que, "à part les mêlées et les prises d'appui, ce sport a les mêmes conséquences que le football".
Les difficultés concernent les parcelles où s'échauffent les sportifs ou celles piétinées par les arbitres assistants et les gardiens de but. "Nous refaisons la pelouse quatre à cinq fois par saison devant les cages", précise-t-il, avant de rappeler que l'intégralité des 8 800 m2 de pelouse ont été changés au mois de juin.
Promenant son pantalon vert et ses chaussures de sécurité sur le terrain, Michel Dadolle répète qu'il a plaisir à travailler ici. "Même si la Coupe du monde de rugby nous a demandé plus d'efforts, mes collègues et moi la voulions vraiment, affirme-t-il. Accueillir des compétitions internationales, participer au bon déroulement de concerts de Bruce Springsteen ou de Johnny Halliday, ce sont des choses à vivre. Et notre conscience professionnelle nous pousse à faire le maximum, nous sommes fiers de proposer un site de qualité." Il n'oublie pas la Coupe du monde de football en 1998 : "En tant qu'ancien joueur, Michel Platini voulait des pelouses parfaites. Il s'en est donné les moyens, nous avons eu des réunions à Saint-Denis, du matériel de pointe."
Approchant la cinquantaine, beaucoup auraient passé des concours pour trouver le confort d'un bureau. Lui non. Il concède bien que cet emploi se révèle usant psychologiquement : "Nous avons beaucoup de pression car nous devons toujours être au top. La pelouse attire l'attention des médias et des personnalités présentes au stade." Il espère même "continuer ici jusqu'à (mon) départ en retraite". La fierté de proposer un terrain de jeu que les vingt-deux apprécient suffit à son bonheur. Le félicitent-ils pour la qualité de ce travail ? Pas vraiment. Philosophe, il préfère rappeler que "les joueurs font souvent des reproches lorsque le terrain est difficile. S'ils ne disent rien, c'est plutôt bon signe".
Article paru dans l'édition de novembre de la Gazette des Verts
Dans les coulisses de Geoffroy-Guichard
Chaque soir de match à Saint-Étienne, quelques privilégiés peuvent profiter des salons du stade Geoffroy-Guichard pour se désaltérer et reprendre des forces avant, pendant et après la rencontre. Pour cela, près d'une centaine d'hôtes et d'hôtesses se démène, notamment durant la mi-temps. La Gazette des Verts s'est infiltrée dans les couloirs du Chaudron pour vous faire vivre une soirée en leur compagnie.
Pour Céline, c'est le même rituel un samedi sur deux depuis cinq ans. Un peu plus de deux heures avant la rencontre entre l'AS Saint-Étienne et Caen, la jeune femme franchit les grilles de Geoffroy-Guichard. Hôtesse dans les salons du stade, cette jolie blonde signale son arrivée à sa hiérarchie avant de troquer ses bottines et son jean contre un sobre tailleur noir qu'accompagnent un haut blanc et des escarpins.
Il est déjà 18 heures, les deux salons – le village au premier étage, et le salon d'honneur, au deuxième ; le salon panthère, au troisième, étant fermé Coupe du monde de rugby oblige – se mettent en place. Si les boissons ont été réparties entre les bars nord, sud et central durant l'après-midi, reste à préparer et à positionner les mets livrés par R2C, filiale de Casino Cafétéria. Au total, près d'une cinquantaine d'hôtes et d'hôtesses recrutés par Creyf's Interim, en majorité des étudiants, assureront le service.
Près de 300 personnes sont attendues et peuvent arriver dès l'ouverture des grilles, à 18 heures. Elles sont toutefois assez peu nombreuses à suivre le match décalé sur les quatre écrans plats qui ornent les murs orange et blanc du village. Ce salon flambant neuf, qui remplace le chapiteau installé dans la cour, occupe désormais la place laissée vacante depuis le déménagement des bureaux administratifs à l'Etrat.
Champagne et canapés
Les 320 spectateurs attendus arrivent au compte-goutte et garnissent les allées, où pantalons à pince et écharpes vertes se côtoient. La plupart des conversations tournent autour du football en général, des Verts en particulier. Pour donner du courage à ces convives, de petits canapés au saumon les attendent sur les buffets. Bière, sodas et champagne figurent aussi au menu du jour.
À un quart d'heure du début du match, on commence à rejoindre sa place. "Allez, on y va, je ne veux pas être en retard", lance un homme en costume sombre. Au bout de son bras, un garçon qui porte un maillot vert floqué au numéro 27, celui de Julien Sablé, et doit se résoudre à finir sa portion sur le chemin qui les conduit à la tribune. D'autres traînent et ne prêtent même pas attention à la composition des deux équipes. Il faut dire que la pièce est bien isolée, on n'entend même pas la réponse du public aux speakers, lorsque ceux-ci égrènent un à un le prénom des coéquipiers de Loïc Perrin. Finalement, il faut attendre cinq minutes de jeu pour que tout le monde ait déserté les lieux.
A la mi-temps, le rush
En coulisses, pas question de perdre une minute pour préparer le temps fort de la soirée : la mi-temps. "Nous n'avons que quinze minutes pour servir tout le monde. C'est un véritable rush", explique Céline. À peine le repos est-il sifflé par l'arbitre que les grappes de spectateurs envahissent tranquillement mais sûrement l'endroit. Dans le salon d'honneur, à deux pas de la tribune officielle Roger Rocher et des loges privées, on se rafraîchit la gorge et on reprend des forces avec de petites pizzas. Avant de commenter ce premier acte, images à l'appui grâce à la douzaine de télévisions installées ici.
Le bar central est effectivement pris d'assaut. Céline et ses deux collègues s'activent. Tout en remplissant quelques flûtes, elle constate rapidement que, même si le Chaudron accueille une assistance moyenne (près de 27 000 spectateurs), "il y a autant de monde que d'habitude dans les salons. La cadence est rapide, mais les gens sont plutôt gentils avec nous".
Encore une fois, quelques retardataires manquent le coup d'envoi. Pendant que s'achève le supplice du promu caennais, plats chauds, macarons et autres douceurs remplacent les verres vides sur les tables. 22h50. Les bars nord et sud ayant fermé, les spectateurs se retrouvent au salon d'honneur. "Ils ont tendance à traîner si le match a lieu le week-end et encore plus si les Verts ont gagné", glisse Céline avant de regagner son poste.
Tout nettoyer pour pouvoir tout recommencer
Comme le veut la coutume, un des acteurs de la soirée rejoint l'assistance pour une traditionnelle interview d'après match. Aujourd'hui, c'est Mouhamadou Dabo qui s'y colle. Si les enfants, carnet et stylo en main, attendent sagement, un brouhaha couvre la voix du discret défenseur des Verts. Plus à l'aise pour signer des autographes que derrière un micro, l'international espoirs prend le temps de répondre aux sollicitations avant de prendre la poudre d'escampette. Les invités, eux, continuent de refaire le match et de commenter les résultats. Au passage, on aperçoit Roland Romeyer et quelques personnalités politiques, dont le député européen Françoise Grossetête.
Progressivement, chacun vaque à ses occupations, certains vont attendre les footballeurs à leur sortie de la salle de presse. Passé 23 heures, les dernières personnes qui errent encore sur la moquette grise et bleu marine sont invitées à se diriger vers la sortie. L'heure du grand nettoyage a sonné. "Nous devons laisser les pièces aussi propres que lorsque nous sommes arrivés", prévient Céline. Il est 23h30, notre hôtesse et ses collègues ont tout astiqué et rangé, prêts à remettre le couvert dès ce week-end.
Article paru dans l'édition d'octobre du mensuel La Gazette des Verts
"J'ai envie de revivre de grands moments sur le vélo"
C'est avec gentillesse et franchise que Cyril Dessel, septième et premier Français du dernier Tour de France cycliste, nous dévoile sa préparation avant cette nouvelle saison. Il évoque aussi sa joie d'avoir pu donner le coup d'envoi de la rencontre entre Saint-Étienne et Lorient au cœur du stade Geoffroy-Guichard.
L'heure de la reprise a-t-elle sonné ?
Oui, j'ai recommencé vers le 11 novembre avec un programme d'entraînement établi par mon directeur sportif, Julien Jurdie, et de la préparation physique. Depuis jeudi dernier, je participe au premier rassemblement de l'équipe AG2R au Temple-sur-Lot, dans le Lot-et-Garonne, pour une dizaine de jours. Il s'agit du plus important de l'année puisque c'est le seul où l'ensemble des coureurs de l'équipe sera présent. Une bonne occasion de travailler le foncier, de présenter le fonctionnement de l'équipe aux nouveaux et de rencontrer les directeurs sportifs afin de définir le programme de courses ainsi que les objectifs de chacun.
Après votre belle saison 2006, votre statut au sein de l'équipe a-t-il évolué ?
Je tiens désormais plus un rôle de leader. Je sais que je serai plus attendu par l'équipe, les médias, le public. Sans me mettre de pression supplémentaire, je suis conscient d'avoir plus de responsabilités au sein de l'équipe. Même si ce ne sera pas le cas sur toutes les courses. J'ai envie de réussir un bon Paris-Nice, le Dauphiné libéré puis le Tour de France, où Christophe Moreau sera aussi leader. Nous avons également de bons équipiers susceptibles de gagner des courses, comme Sylvain Calzatti, John Gadret, Samuel Dumoulin. J'ai déjà été équipier, je saurai le redevenir si un de mes partenaires marche fort lors d'une épreuve.
Avec le recul, que retenez-vous de l'exercice écoulé ?
De grands souvenirs, des émotions fortes. C'était déjà fabuleux de remporter une étape du Tour méditerranéen, puis le classement général. Vu le palmarès de cette course, y ajouter mon nom me rend très heureux. Quant au Tour de France, porter le maillot jaune et terminer dans les dix premiers m'a procuré un sentiment de fierté et m'a fait prendre conscience de mes possibilités. Reste à confirmer. Ce ne sera pas facile, mais pourquoi ne pas aller chercher une victoire d'étape cette année ? 2006 m'a laissé un goût de reviens-y (sic), j'ai envie de revivre de tels moments, c'était formidable.
Qu'est-ce que ces performances ont changé dans votre vie quotidienne ?
Cet hiver, mon téléphone a souvent sonné, pour que je sois présent à des manifestations et des réceptions ont même été organisées en mon honneur. Des choses auxquelles je n'étais pas forcément habitué. J'ai pris tout cela du bon côté, même si ce n'est pas toujours simple à gérer : l'hiver représente une période importante. Elle me permet de profiter de ma famille et il a fallu refuser certaines demandes. Je devais aussi me préserver.
Avez-vous quand même pu profiter de vos vacances ?
Oui, même si elles se sont révélées un peu plus chahutées que les précédentes. Il a fallu organiser un planning en conséquence, afin que je puisse quand même me reposer et profiter de la famille. Je suis parti en République dominicaine pendant dix jours avec ma femme et ma fille. Là, j'ai totalement coupé, c'était de vraies vacances. Concernant le vélo, j'ai arrêté pratiquement un mois. Une coupure fait beaucoup de bien. Physiquement, on en a toujours besoin, car une saison est longue et éprouvante, mais c'est surtout psychologiquement que c'est important. Cela permet ensuite de retrouver le vélo avec plaisir et envie.
Continuez-vous d'arpenter les routes du département de la Loire, d'où vous êtes originaire ?
Bien sûr. J'habite toujours dans le sud de la Loire et j'y suis très attaché. Mes performances ont un peu changé le rapport avec le public. Je suis plus reconnu sur les routes, les voitures me font signe. Il y a beaucoup de cyclistes qui, avant, me disaient simplement bonjour et qui, désormais, viennent me parler, me féliciter. C'est sympa.
Avant de prolonger avec AG2R cet été, n'avez-vous pas eu envie, à l'image des footballeurs, de tenter l'aventure à l'étranger, de découvrir une nouvelle culture ?
J'ai déjà eu l'occasion de courir à l'étranger, chez Phonak. C'était une belle expérience, cela permet de découvrir une autre culture du vélo. Et peut-être que je me trompe, mais beaucoup de footballeurs partent à l'étranger principalement pour gagner plus d'argent, même si c'est rarement l'argument officiel. Les raisons sont d'ordre fiscal, c'est plus attrayant à l'étranger, ce qui n'est pas du tout le cas en vélo. Aujourd'hui, je me sens bien chez AG2R, je n'avais aucune raison d'aller voir ailleurs.
S'agit-il de votre dernier contrat ?
Je ne sais pas. J'ai trente-deux ans, mais je suis encore très motivé, je n'ai aucun sentiment de lassitude. On fera le point dans trois ans.
Il y a quinze jours, vous avez donné le coup d'envoi de la rencontre entre l'ASSE et Lorient. Qu'avez-vous ressenti au bord de la pelouse ?
C'était très impressionnant. J'étais à la fois excité et un peu stressé de me rendre sur cette pelouse, de me retrouver au milieu de 25 000 spectateurs. J'en garderai un grand souvenir. C'est une chance de pouvoir donner un coup d'envoi dans une enceinte que je connais bien et que j'apprécie puisque je supporte l'AS Saint-Étienne. J'ai été bien accueilli, applaudi par le public, cela m'a fait très plaisir.
Propos recueillis par Franck Talluto
"Je suis conscient d'avoir plus de responsabilités au sein de l'équipe AG2R. (…) 2006 m'a laissé un goût de reviens-y, pourquoi ne pas aller chercher une victoire d'étape cette année ?", explique Cyril Dessel, ici lors des championnats du monde à Salzbourg.