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Les samedis 1er et 8 décembre, la mairie de Roanne organisait des visites publiques du futur centre de détention. Un succès populaire pour un parcours forcément spécial.
Les premiers échos étaient de bon augure. Samedi 8 décembre, vers 10 heures, en attendant son tour, devant un café offert par la ville de Roanne, les commentaires des visiteurs précédents, à leur sortie du chantier du centre de détention, laissent présager d'une suite intéressante. "C'était vraiment passionnant", glisse cette dame à son mari, plus occupé à taper ses chaussures pour en décrocher la boue.
Timing impeccable, le tour du propriétaire démarre à l'heure prévue. Comme sept jours plus tôt, le rendez-vous démarre sous un chapiteau avec François Brossard, directeur de projet chez Eiffage, la société qui bâtit l'installation via un partenariat public-privé (1). Image de synthèse à l'appui, il dévoile le fonctionnement futur de l'enceinte, qui jouxte la zone industrielle de Matel. Elle se composera d'une zone hors détention, avec la partie administrative, les locaux techniques et ceux du personnel, et d'une zone détention, avec les quartiers d'hébergement, les espaces d'activités socioculturelles (culte, promenade et sport), les ateliers de production, l'unité de consultation, les locaux de formation, les parloirs et les unités de visite familiale.
Place désormais à quarante-cinq minutes de déambulation. C'est Alessandro qui mène les troupes. "Restez groupés, même s'il reste encore quelques trous pour vous échapper", lance-t-il hilare dans son porte-voix. Après quelques pas, on découvre les parloirs et leurs trois "appartements", qui recevront les détenus et leurs familles.
"Chaque détenu aura la clé de sa porte"
Arrive le gros morceau de la promenade : les trois bâtiments d'hébergement. Deux réservés aux hommes, avec 240 cellules chacun, et un aux femmes, qui comprend 60 cellules. Un total de 570, auquel il faut ajouter les 30 cellules réservées à l'accueil des nouveaux arrivants. Toutes sont individuelles. Ici, pas de réfectoire, chacun déjeunera dans son coin ou pourra retrouver son voisin. "Ce n'est pas une maison d'arrêt mais un centre de détention, confie un employé d'Eiffage, casque de chantier bien enfoncé sur la tête. Chacun aura donc sa clé et pourra fermer sa cellule durant ses sorties ou s'il souhaite naviguer dans son étage pour rejoindre l'une des salles d'activité (musculation, coiffeur). Les détenus emprisonnés ici ne seront pas dangereux".
Pour permettre une meilleure immersion, les responsables du chantier ont aménagé une des cellules. 10 m2. Les couleurs des murs sont encore sommaires. Du gris et du blanc. La seule odeur qui flotte est celle du neuf. Tout de suite à droite, deux petites portes à battant laissent entrevoir un petit cabinet de toilette, avec douche, WC et un lavabo avec miroir. Face à la porte, un lit métallique noir, qui attend son matelas. Dans le coin opposé, à côté de la fenêtre équipée de barreaux, un petit bureau et une penderie. Petit "luxe", une prise est prévue pour l'antenne de la télévision, disponible en option. Quelques réflexions fusent, comme celle de ce couple : "Il y en a qui n'ont même pas de quoi se payer ce confort (…). C'est mieux que quand j'allais à l'hôtel pour mon travail."
"Il faudrait s'appeler Bubka pour passer par-dessus le mur"
De retour sous le soleil, Alessandro guide la grosse quarantaine de curieux sur le chemin de ronde. Alors qu'il explique où se trouvera le terrain de football, quelques personnes traînent en queue de peloton. Comme cet homme d'une cinquantaine d'années. Bien au chaud dans son blouson rouge, il s'intéresse au mur d'enceinte ô combien lisse, haut de 6 mètres et avec des bords supérieurs arrondis pour éviter les assauts au grappin : "Il faudrait s'appeler Bubka (premier perchiste à avoir franchi la barre des 6 mètres, NDLR) pour passer par-dessus !"
Un deuxième employé d'Eiffage accompagne le groupe des retardataires. Et répond à leurs questions : "Il y aura un système pour brouiller les fréquences des téléphones (…), les femmes disposeront d'un potager (…), le travail des détenus devrait être rémunéré jusqu'à 50 % du smic horaire." Les oreilles attentives se régalent. Les voici désormais devant l'un des symboles du monde carcéral : le mirador. A Roanne, il y en aura deux, chacun étant chargé de surveiller une moitié du centre. Les équipes se relaieront toutes les deux heures. Avec, à chaque fois, l'obligation de monter puis de descendre les escaliers en colimaçon qui les séparent de la plateforme de surveillance, à 19 mètres du sol.
Il est déjà 11h20, le groupe suivant attend devant la grille du chantier. Face au succès de cette ouverture au public (1 000 visiteurs), la ville réfléchit déjà à proposer de nouvelles dates. Il lui reste encore un petit peu moins d'un an. Place ensuite à la pendaison de crémaillère et à l'emménagement des "locataires".
(1) "Eiffage bâtit quatre établissements à Roanne, Lyon, Nancy, et Béziers, pour un total de 2 790 places de détention. Ce contrat regroupe le financement, la conception, la réalisation, l’entretien et la maintenance sur une durée d’environ 27 ans de ces établissements", a précisé le ministère de la justice en mars dernier.
En quelques chiffres
53 millions d'euros hors taxe de travaux
30 800 m2 de surface
22 000 m3 de béton
11 bâtiments
600 places
500 arbres et arbustes
Article paru dans l'édition du 14 décembre de La Loire cette semaine