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Attaché de tabacologie au centre hospitalier de Firminy, Tafit Rakotobé se montre satisfait de l'interdiction de fumer dans les lieux publics. Il évoque le tabagisme passif et l'image du tabac.
Comment avez-vous accueilli l'annonce du décret interdisant de fumer dans les lieux publics ?
Bien, il était temps. Pourquoi fume-t-on dans les boîtes de nuit, les cafés ? Parce que l'on a toujours agi comme cela. Tout est une question d'habitude. La loi intervient pour nous aider à évoluer. Bien sûr, nous n'avons pas à empêcher les gens de fumer dans des lieux privés. C'est leur droit. Le principal reste de protéger les non-fumeurs : pourquoi les employés devraient-ils supporter la fumée des autres ? Celle qui s'échappe du bout d'une cigarette est six fois plus dangereuse que celle inhalée par un fumeur, puisqu'elle ne passe pas par un filtre.
Cette notion de tabagisme passif est-elle entrée dans les mœurs ?
Il me semble. Certains patients viennent me voir parce qu'ils ne veulent plus nuire à leurs enfants. C'est une bonne raison, on n'a pas le droit d'enfumer les autres. Mais, si on veut arrêter, c'est d'abord pour soi-même. Il y a alors trois aspects à prendre en charge : la dépendance physique, liée à la nicotine, comportementale, qui passe par un travail sur les habitudes, et psychologique, qui peut être vaincue par des changements d'habitude ou des molécules médicamenteuses. Quand on arrête, il faut apprendre à ne pas fumer et à casser les habitudes. Et s'il y a des problèmes de dépendance psychologique, pourquoi ne pas les traiter ? Un an après notre collaboration, un tiers de nos patients n'ont pas repris.
L'État a annoncé sa contribution au remboursement des patches. S'agit-il d'une bonne initiative ?
Oui et non. Si cela peut motiver les gens, c'est une bonne chose. N'oublions pas quand même qu'un paquet de cigarettes à 5 euros par jour, sur dix jours, revient à 50 euros. Soit le prix d'un patch "standard" pour un mois.
Quelle peut être la prochaine étape de la lutte contre le tabac ?
Il ne faut pas lâcher prise sur la prévention et l'aide qu'on propose à ceux qui souhaitent véritablement arrêter. Je reste favorable à l'augmentation du prix du tabac, notamment pour dissuader les plus jeunes. Par contre, pour les accros, particulièrement ceux qui disposent de faibles revenus, cela pose problème : s'ils ne sont pas aidés pour arrêter, certains vont diminuer certaines de leurs dépenses, comme l'alimentaire, pour pouvoir acheter du tabac.
Comment expliquez-vous le rajeunissement des consommateurs ?
Les fabricants de cigarettes ont besoin de "clients", et se tournent vers les plus jeunes. Même si la loi l'interdit, ils font essayer la cigarette, par exemple, dans les soirées étudiantes. On peut comparer cette pratique à un investissement : le produit pouvant provoquer une dépendance, certains individus en achèteront. La cigarette est un produit commercial qui marche très bien. Son image s'est un peu détériorée, mais elle reste une marque d'indépendance et, chez les jeunes, signifie "je suis grand".
Le tabac séduit aussi les femmes, qui fument désormais presque autant que les hommes. Ces évolutions se répercutent-elles au niveau de vos patients ?
Les patients que je reçois en consultation ont généralement déjà essayé d'arrêter de fumer, fument depuis vingt-cinq ans et affichent une moyenne d'âge de quarante-cinq ans. Celle-ci diminuera progressivement car les individus ayant commencé plus jeunes auront les mêmes maladies, mais plus tôt. Faire de la prévention reviendrait moins cher que de soigner les fumeurs. Chez les femmes américaines, le cancer du poumon a dépassé le cancer du sein. Concernant les femmes enceintes qui continuent à fumer, on connaît depuis longtemps les conséquences : plus de risques de faire une fausse couche, d'être confronté à une mort subite du nourrisson, à une diminution de son poids à la naissance, voire du périmètre de sa boîte crânienne.
Propos recueillis par Franck Talluto
Santé publique
Dominique de Villepin l'a annoncé courant octobre. Dès le 1er février prochain, il deviendra interdit de fumer dans certains lieux publics, les bars-tabac, discothèques et restaurants disposant d'une année supplémentaire pour s'adapter. Une décision qui fait réagir, de Renaud, composant une chanson encourageant à délaisser la cigarette, à Nicolas Sarkozy, qui la juge disproportionnée.
Cette fois, on y est. Malgré l'approche des échéances électorales, Dominique de Villepin a tranché. Début octobre, le Premier ministre a annoncé la prochaine interdiction de fumer dans les lieux publics. Une décision dans l'air depuis déjà quelques mois, après une première annonce de Xavier Bertrand, ministre de la Santé, en août dernier. La majorité a pris son temps pour affirmer sa position. Reste que, au nom de "la santé publique", le chef du gouvernement a choisi.
Son projet prendra la forme d'un décret, a priori publié courant novembre. Ceci, afin qu'il puisse prendre effet dès février prochain. Plutôt que d'étoffer la loi, Dominique de Villepin a donc favorisé "la voie réglementaire", plus rapide. Pour justifier cette décision, il s'est appuyé sur les travaux de la mission parlementaire, qui estime à 65 000 le nombre de décès annuels en France à imputer au tabac. Pourtant, cette mission présidée par Claude Evin - déjà auteur, en 1991, d'une loi qui porte son nom, relative à la lutte contre le tabagisme et l’alcoolisme - préconisait une interdiction totale au 1er septembre 2007. Le Premier ministre a opté pour une autre voie, celle d'une interdiction en deux temps.
Au 1er février, seuls certains types d'établissements seront concernés, à savoir "les écoles, les lycées, les collèges, les administrations, les entreprises (et) les magasins". Les discothèques, restaurants et autres bars-tabac disposeront d'un sursis d'une année.
Le montant des amendes déjà fixé
Tous les lieux publics devront afficher non-fumeurs au 1er janvier 2008. Comme souvent, c'est par le porte-monnaie que l'on sanctionnera les récalcitrants. Surpris en train de fumer dans un lieu public coûtera 75 euros. De quoi dissuader, à la longue, de sortir son briquet de sa poche. Et les gérants d'établissements devraient aider ceux qui ne parviendraient pas à se contrôler. Pas forcément par compassion, mais parce qu'une épée de Damoclès pointe également au-dessus de leur comptoir. Montant de la note : 150 euros.
En contraignant de la sorte les fumeurs, l'Etat espère les inciter à interrompre tout contact avec la nicotine. Si le chanteur Renaud a donné le la avec sa dernière chanson, "Arrêter la clope", cela n'empêche pas Dominique de Villepin, qui déclare n'avoir jamais fumé, de mesurer l'ampleur de la tâche. Celui-ci entend bien aider les individus motivés à passer le pas, en finançant "un tiers du coût (des) traitements". Les réfractaires, eux, trouveront écho du côté de Nicolas Sarkozy. Le week-end dernier, le ministre de l'Intérieur s'est opposé à son collègue Premier ministre, se déclarant favorable à "des adaptations géographiques". "Interdire de fumer là où on vend du tabac, c'est curieux", a-t-il poursuivi. La guerre du tabac est ouverte.