Pour éviter de ralentir le jeu, dix ramasseurs de balle sont postés au bord de la pelouse de Geoffroy-Guichard. Une activité réglementée par la Ligue de football professionnel et assurée par les benjamins de l'AS Saint-Etienne, sous l'œil de bénévoles du club.
Iliès n'est pas peu fier de son coup. Alors qu'il suscite l'admiration de ses acolytes, il reprend tout sourire la route du vestiaire, son trophée sous le bras. Un maillot messin, le seul que les ramasseurs de balle de Geoffroy-Guichard ont pu glaner en ce samedi soir de décembre. Côté stéphanois, seul Moustapha Bayal Sall a eu une petite pensée pour eux. Il a offert ses gants.
Avant de pouvoir se lancer dans la chasse à la verte tunique, les ramasseurs de balle stéphanois ont dû patienter près de trois heures. Petit retour en arrière. Il n'est pas encore 19 heures lorsque Alain Bouderdara et Georges De Mendonsa arrivent au stade. Le rendez-vous avec les enfants et leurs parents est fixé une heure avant le début de la rencontre. Dix des quarante-huit benjamins licenciés à l'AS Saint-Etienne sont convoqués ce soir. Choisis par ordre alphabétique. "Comme cela, il n'y a pas de favoritisme", précise Alain. Retraité bénévole au club depuis de nombreuses années, il s'occupe aussi des moins de 18 ans et de l'intendance auprès des jeunes joueurs.
Regroupés devant l'entrée de la tribune Henri Point, les premiers enfants sont arrivés. On les reconnaît à leur survêtement aux couleurs de leur club et à leurs mines réjouies. Ce que confirme Patrick, papa de Dylan, retenu pour la deuxième fois cette saison après la réception de Marseille : "Il est heureux de venir ce soir, il n'a pas arrêté d'en parler à ses copains." Le papa, qui dispose, comme chacun des dix autres accompagnateurs, d'un billet de match, reconnaît aussi que "c'est sympa de voir son fils sur la pelouse".
"Derrière Janot, mon idole"
En attendant l'ultime retardataire, Alain délivre les premières consignes. Bien que très excités, Djibril, Farès, Mathis et les autres essaient d'être attentifs. Tout sourire, ils passent ensuite les tourniquets et pénètrent dans un Chaudron encore peu garni. Direction le vestiaire qui leur est réservé. Un peu plus tôt, Alain a tout préparé. Survêtement, parka et bonnet de couleur sombre ont pris place sur les portemanteaux. Reste à répartir le tout en fonction des tailles.
Quelques-uns souhaitent prendre les bonnets. "C'est tout le monde ou personne", tranche le responsable, qui procède au vote. La majorité l'emporte, ce sera sans. Une négociation peut en cacher une autre. Place à la répartition de chacun sur le terrain. Un par poteau de corner, un derrière chaque but et deux par ligne de touche. Les postes clés sont confiés aux "anciens", plus expérimentés. Djemin en fait partie. Il veut le numéro 3. Accordé. "Derrière Janot", s'écrie-t-il. Précision du jeune garçon à la crête : "C'est mon idole, je joue au même poste que lui."
La question des places réglées, petite séance de tableau blanc. Le poste de chacun est représenté, notre bénévole passe aux recommandations. "On se concentre, on ne fait pas signe à ses parents, explique-t-il. Soyez prudents, car s'il y a deux ballons sur le terrain, l'arbitre arrêtera le jeu." Après avoir rappelé qu' "on donne toujours le ballon à la main", Alain demande à ses petits protégés de se méfier du terrain, particulièrement glissant ce soir-là. Djibril, qui a eu du mal à s'arrêter de rire quand il le fallait, a tout prévu. Il a chaussé ses crampons.
Le délégué s'en mêle
L'horloge tourne. Dix minutes avant le coup d'envoi, les ramasseurs de balles rejoignent enfin le couloir carrelé qui les conduit au gazon du Chaudron. Une petite chorégraphie leur impose de tourner autour du rond central avant d'aller s'installer.
Alain et Georges, eux, prennent place derrière les panneaux publicitaires côté Henri Point, à hauteur du milieu du terrain. Une position idéale pour s'assurer que tout se passe bien. Ce qui n'est pas vraiment le cas puisque le délégué de la Ligue intervient dès les premières minutes de jeu. Motif : le ballon ne revient pas assez vite sur le terrain. Alain fait le tour du terrain pour rappeler à chacun sa mission. Ce qui, visiblement, ne suffit pas puisque le délégué vient carrément le trouver pour lui répéter le message.
A l'issue d'un premier acte assez triste, les petits Verts déposent leurs ballons dans le filet noir et retournent au chaud. A l'abri du froid mais pas de leurs responsables, mécontents et qui rabâchent les consignes. Cette fois, plus personne ou presque ne rit. Le temps de croquer dans les sandwiches et de prendre une poignée de chips qu'il faut y retourner.
Supporters de leur club
Au cœur de l'ambiance, les jeunes ramasseurs de balle côtoient ce soir d'autres gamins. En l'occurrence ceux du FC Metz, dont les maillots des numéros 33, 34 et 35 ne sont même pas floqués à leurs noms. Des Grenats qui se battent avec leurs armes mais finissent par céder. Lorsque Christophe Landrin ouvre la marque, les benjamins ne manquent pas de fêter le but. Ce qui n'empêche pas Alain de se lancer dans un nouveau tour de stade pour les contrôler.
Juste après le magnifique lob de Pascal Feindouno, l'arbitre siffle la fin de la rencontre. Le sprint démarre pour nos ramasseurs de balle. Avant de pouvoir se lancer à la poursuite de leurs idoles, ils doivent en effet venir dans la direction opposée ranger les ballons. L'agitation ne dure que quelques minutes, les "pros" ont déjà rejoint leurs quartiers. Il est l'heure de retourner se changer et de rentrer à la maison. Si l'un des ramasseurs de balle a gagné sa soirée, les autres se consolent comme ils peuvent, certains espérant secrètement incarner la future idole de Geoffroy-Guichard. Ce soir, les Verts ont gagné. C'est déjà ça. Après tout, "elle était bien cette deuxième mi-temps".
Article paru dans l'édition de décembre de La Gazette des Verts
Les samedis 1er et 8 décembre, la mairie de Roanne organisait des visites publiques du futur centre de détention. Un succès populaire pour un parcours forcément spécial.
Les premiers échos étaient de bon augure. Samedi 8 décembre, vers 10 heures, en attendant son tour, devant un café offert par la ville de Roanne, les commentaires des visiteurs précédents, à leur sortie du chantier du centre de détention, laissent présager d'une suite intéressante. "C'était vraiment passionnant", glisse cette dame à son mari, plus occupé à taper ses chaussures pour en décrocher la boue.
Timing impeccable, le tour du propriétaire démarre à l'heure prévue. Comme sept jours plus tôt, le rendez-vous démarre sous un chapiteau avec François Brossard, directeur de projet chez Eiffage, la société qui bâtit l'installation via un partenariat public-privé (1). Image de synthèse à l'appui, il dévoile le fonctionnement futur de l'enceinte, qui jouxte la zone industrielle de Matel. Elle se composera d'une zone hors détention, avec la partie administrative, les locaux techniques et ceux du personnel, et d'une zone détention, avec les quartiers d'hébergement, les espaces d'activités socioculturelles (culte, promenade et sport), les ateliers de production, l'unité de consultation, les locaux de formation, les parloirs et les unités de visite familiale.
Place désormais à quarante-cinq minutes de déambulation. C'est Alessandro qui mène les troupes. "Restez groupés, même s'il reste encore quelques trous pour vous échapper", lance-t-il hilare dans son porte-voix. Après quelques pas, on découvre les parloirs et leurs trois "appartements", qui recevront les détenus et leurs familles.
"Chaque détenu aura la clé de sa porte"
Arrive le gros morceau de la promenade : les trois bâtiments d'hébergement. Deux réservés aux hommes, avec 240 cellules chacun, et un aux femmes, qui comprend 60 cellules. Un total de 570, auquel il faut ajouter les 30 cellules réservées à l'accueil des nouveaux arrivants. Toutes sont individuelles. Ici, pas de réfectoire, chacun déjeunera dans son coin ou pourra retrouver son voisin. "Ce n'est pas une maison d'arrêt mais un centre de détention, confie un employé d'Eiffage, casque de chantier bien enfoncé sur la tête. Chacun aura donc sa clé et pourra fermer sa cellule durant ses sorties ou s'il souhaite naviguer dans son étage pour rejoindre l'une des salles d'activité (musculation, coiffeur). Les détenus emprisonnés ici ne seront pas dangereux".
Pour permettre une meilleure immersion, les responsables du chantier ont aménagé une des cellules. 10 m2. Les couleurs des murs sont encore sommaires. Du gris et du blanc. La seule odeur qui flotte est celle du neuf. Tout de suite à droite, deux petites portes à battant laissent entrevoir un petit cabinet de toilette, avec douche, WC et un lavabo avec miroir. Face à la porte, un lit métallique noir, qui attend son matelas. Dans le coin opposé, à côté de la fenêtre équipée de barreaux, un petit bureau et une penderie. Petit "luxe", une prise est prévue pour l'antenne de la télévision, disponible en option. Quelques réflexions fusent, comme celle de ce couple : "Il y en a qui n'ont même pas de quoi se payer ce confort (…). C'est mieux que quand j'allais à l'hôtel pour mon travail."
"Il faudrait s'appeler Bubka pour passer par-dessus le mur"
De retour sous le soleil, Alessandro guide la grosse quarantaine de curieux sur le chemin de ronde. Alors qu'il explique où se trouvera le terrain de football, quelques personnes traînent en queue de peloton. Comme cet homme d'une cinquantaine d'années. Bien au chaud dans son blouson rouge, il s'intéresse au mur d'enceinte ô combien lisse, haut de 6 mètres et avec des bords supérieurs arrondis pour éviter les assauts au grappin : "Il faudrait s'appeler Bubka (premier perchiste à avoir franchi la barre des 6 mètres, NDLR) pour passer par-dessus !"
Un deuxième employé d'Eiffage accompagne le groupe des retardataires. Et répond à leurs questions : "Il y aura un système pour brouiller les fréquences des téléphones (…), les femmes disposeront d'un potager (…), le travail des détenus devrait être rémunéré jusqu'à 50 % du smic horaire." Les oreilles attentives se régalent. Les voici désormais devant l'un des symboles du monde carcéral : le mirador. A Roanne, il y en aura deux, chacun étant chargé de surveiller une moitié du centre. Les équipes se relaieront toutes les deux heures. Avec, à chaque fois, l'obligation de monter puis de descendre les escaliers en colimaçon qui les séparent de la plateforme de surveillance, à 19 mètres du sol.
Il est déjà 11h20, le groupe suivant attend devant la grille du chantier. Face au succès de cette ouverture au public (1 000 visiteurs), la ville réfléchit déjà à proposer de nouvelles dates. Il lui reste encore un petit peu moins d'un an. Place ensuite à la pendaison de crémaillère et à l'emménagement des "locataires".
(1) "Eiffage bâtit quatre établissements à Roanne, Lyon, Nancy, et Béziers, pour un total de 2 790 places de détention. Ce contrat regroupe le financement, la conception, la réalisation, l’entretien et la maintenance sur une durée d’environ 27 ans de ces établissements", a précisé le ministère de la justice en mars dernier.
En quelques chiffres
53 millions d'euros hors taxe de travaux
30 800 m2 de surface
22 000 m3 de béton
11 bâtiments
600 places
500 arbres et arbustes
Article paru dans l'édition du 14 décembre de La Loire cette semaine
Michel Dadolle fait partie des trois agents chargés par Saint-Etienne métropole de l'entretien de la pelouse de Geoffroy-Guichard. Alors qu'il y exerce sa trentième saison, il explique avec enthousiasme comment remplir son objectif de proposer un beau terrain de jeu aux footballeurs et délivre quelques sympathiques anecdotes.
En football, les entraîneurs aiment répéter que, pour voir un bon match, il faut deux bonnes équipes. Ils oublient souvent un ingrédient essentiel : une belle pelouse. Afin de permettre au public stéphanois de se régaler, Saint-Etienne métropole, qui gère Geoffroy-Guichard depuis 2001, fait confiance à Marc Gallet. Sous ses ordres, trois agents sont chargés de l'entretien du terrain d'honneur et de celui situé au pied de la tribune Jean Snella. Parmi eux, Michel Dadolle, 49 ans, trentième saison à bichonner le gazon stéphanois. Matériel, tâches et anecdotes, ce sosie de l'entraîneur guingampais Victor Zvunka prend plaisir à parler de son métier. Un sourire permanent en témoigne.
Pourtant, rien ne le prédestinait à occuper cette fonction. "J'ai une passion pour les moutons, lâche-t-il à la fin de l'entretien. J'aurais aimé en élever, mais cela n'a pas été possible. Aujourd'hui, je me rattrape un peu en dehors de mon travail, puisque j'en possède quelques-uns." Originaire de Grezolles – commune équidistante de Feurs et de Roanne où il a joué pendant trente-cinq ans au basket "par plaisir" – le jeune homme intègre le lycée agricole de Précieux, à Montbrison. Diplôme en poche, il garnit les rangs de l'armée.
Quand arrive la "quille", le voilà qui se lance en quête d'un emploi. Le sport va l'aider à rebondir, lui qui est alors licencié – comme coureur de demi-fond – au Case, ancêtre de l'actuel Coquelicot 42. Grâce à ses contacts, il fait une demande fructueuse pour un poste en mairie. Avec une seule exigence : "Travailler en extérieur." Nous sommes en 1977 et Michel Dadolle s'occupe des installations sportives. Il débute à l'Etivallière, avec pour mission de boucher les trous et d'assurer le nettoyage. De temps en temps, il donne un coup de main à Geoffroy-Guichard, là aussi pour remettre les mottes en place. L'année suivante, il y est dévolu à plein temps.
Portefeuille et soutiens-gorge dans les tribunes
Depuis, le cheveu s'est fait grisonnant et des sociétés sous-traitantes se chargent du ménage dans les tribunes. Entre-temps, ce passionné "de tous les sports" a donc été transféré à Saint-Etienne Métropole, comme l'indique le logo floqué sur son pull. Pourtant, il n'a pas oublié ses premiers pas sur le tapis de jeu des footballeurs. "A l'époque, ils étaient encore très abordables, même si le club jouait les premiers rôles en France et disputait la coupe d'Europe, se rappelle-t-il. Après les matches, on retrouvait de tout au stade : des portefeuilles, des soutiens-gorge…" Remplacés par des pièces, boulons et autres piles lorsque l'AS Saint-Etienne vit des heures plus difficiles.
Le travail de Michel n'a lui pas beaucoup changé. L'objectif reste de présenter un gazon nickel. Et on ne badine pas avec les moyens pour y parvenir. Si la hauteur optimale se situe à 3 cm – "cela lui offre un meilleur enracinement" – joueurs et staff exigent qu'elle se situe entre 2,6 et 2,8 cm. Afin de ne pas stresser le gazon, ce qui peut le faire jaunir et l'empêcher de pousser, Michel et ses collègues – Sébastien et José, "des gars de métier" qui possèdent une formation agricole et/ou horticole – le tondent quotidiennement. Durant la semaine qui précède un match, ils doivent en outre nettoyer le terrain, combler les trous et marquer les lignes. Ce qui se fait la veille ou le jour de la rencontre. À cette occasion, on applique les requêtes des coaches. "Si je me rappelle bien, Frédéric Antonetti a été le premier à avoir des exigences particulières, confie notre homme. Il voulait que la pelouse soit mouillée. Laurent Roussey aussi, même s'il en revient, car en ce moment elle a tendance à glisser."
Déneiger les lignes pendant ASSE/OM
Le jour J, ils sont huit, renforcés par quelques employés municipaux. Principale mission : remettre en état le rectangle vert à la mi-temps puis dès le coup de sifflet final. "Une intervention immédiate avec nos piochons permet d'éviter que les mottes sèchent, ce qui leur est fatal", assure l'expert. Alors que les spectateurs ont quitté l'enceinte, deux à quatre heures sont nécessaires pour retrouver "un terrain nickel". Au programme : roulage et arrosage. Viendra ensuite le temps d'aérer ce tapis vert. Une fois par mois, on procède aussi à un décompactage, afin de l'assouplir. Pour diriger ces opérations, un hangar, sous la tribune Henri Point, regorge de matériel : tondeuse, ramasseuse, tracteurs, semoir à engrais, pulvérisateur ("pour l'engrais liquide et éviter les maladies") et feutreuses ("pour lutter contre la décomposition des herbes mortes") figurent en bonne place.
Le système qui permet de bâcher le terrain fait partie des dernières livraisons. Pas utilisé durant le championnat 2006-2007, il avait toutefois fait ses preuves lors du précédent exercice. Si les services météo émettent une alerte, on le déploie quatre jours avant le coup d'envoi. Un système de soufflerie permet quant à lui de maintenir une température agréable pour le gazon, mais soulève aussi la bâche, lui permettant de respirer. Pour fonctionner, cette technique nécessite "une équipe soudée", que viennent compléter employés municipaux et stadiers, car elle possède peu de temps pour retirer la bâche. Malgré cela, personne n'a oublié la réception de l'Olympique de Marseille, le 6 mars 2005. Pas forcément pour les mêmes raisons que Michel. "Pour la première fois de ma carrière, nous avons dû déneiger les lignes pendant que le match se jouait. Heureusement, je ne crains pas le froid", se souvient-il, aujourd'hui amusé par cet épisode.
"Fiers de proposer un terrain de qualité"
En ce lundi ensoleillé d'octobre, on distingue encore les lignes de rugby, recouvertes de peinture verte. "Il y en a encore pour quelques semaines avant que cela s'estompe", répond Michel Dadolle. Globalement, le gazon stéphanois se montre assez solide. Il l'imaginait plus abîmé que cela après le passage de la Coupe du monde de rugby. Il garantit que, "à part les mêlées et les prises d'appui, ce sport a les mêmes conséquences que le football".
Les difficultés concernent les parcelles où s'échauffent les sportifs ou celles piétinées par les arbitres assistants et les gardiens de but. "Nous refaisons la pelouse quatre à cinq fois par saison devant les cages", précise-t-il, avant de rappeler que l'intégralité des 8 800 m2 de pelouse ont été changés au mois de juin.
Promenant son pantalon vert et ses chaussures de sécurité sur le terrain, Michel Dadolle répète qu'il a plaisir à travailler ici. "Même si la Coupe du monde de rugby nous a demandé plus d'efforts, mes collègues et moi la voulions vraiment, affirme-t-il. Accueillir des compétitions internationales, participer au bon déroulement de concerts de Bruce Springsteen ou de Johnny Halliday, ce sont des choses à vivre. Et notre conscience professionnelle nous pousse à faire le maximum, nous sommes fiers de proposer un site de qualité." Il n'oublie pas la Coupe du monde de football en 1998 : "En tant qu'ancien joueur, Michel Platini voulait des pelouses parfaites. Il s'en est donné les moyens, nous avons eu des réunions à Saint-Denis, du matériel de pointe."
Approchant la cinquantaine, beaucoup auraient passé des concours pour trouver le confort d'un bureau. Lui non. Il concède bien que cet emploi se révèle usant psychologiquement : "Nous avons beaucoup de pression car nous devons toujours être au top. La pelouse attire l'attention des médias et des personnalités présentes au stade." Il espère même "continuer ici jusqu'à (mon) départ en retraite". La fierté de proposer un terrain de jeu que les vingt-deux apprécient suffit à son bonheur. Le félicitent-ils pour la qualité de ce travail ? Pas vraiment. Philosophe, il préfère rappeler que "les joueurs font souvent des reproches lorsque le terrain est difficile. S'ils ne disent rien, c'est plutôt bon signe".
Article paru dans l'édition de novembre de la Gazette des Verts
En coulisses
Le Grenelle environnement devait être une grande fête pour les défenseurs de la planète. Mais quelques ratés ont jeté un (petit) froid sur l'enthousiasme ambiant.
La décentralisation du Grenelle environnement dans dix-sept communes hexagonales avait une valeur symbolique. Consacrer l'intérêt affiché par les Français sur les thèmes de l'écologie, de l'environnement et du développement durable, tout en gardant à l'esprit les dimensions économique et sociale. L'intention était louable. Et louée par beaucoup.
En préambule, le sénateur-maire de Saint-Etienne a déclaré qu'il "faut construire une agglomération durable (…) avec des ruptures. Si chacun s'y met, je suis convaincu que c'est possible". Allant jusqu'à imaginer qu'on pourrait initier dans la préfecture de la Loire, "ville inscrite dans une tradition des déplacements (tram, train)", le développement du "véhicule de demain".
Pas d'économie sur l'impression…
Sur scène, on rappelait que Jean-Louis Borloo s'était vu remettre les six rapports des groupes de travail sous forme de clé USB. Histoire d'éviter l'impression de documents papier en trop grand nombre. Pourtant, toute la journée de lundi, des hôtesses déambulaient autour de l'amphithéâtre Etienne Mimard avec, dans les bras, des dossiers à distribuer aux centaines de visiteurs. À l'intérieur, plus de trente feuilles d'information. Heureusement éditées en recto verso…
… mais sur la parité
Enfin, lors de la séance plénière, quelques mains se sont levées dans l'assistance pour souligner la faible représentation féminine au pupitre. Une seule femme avait un rôle de rapporteur (Isabelle Blaes, pour "construire une démocratie écologique"), tandis que seuls des hommes présidaient ces six ateliers.
Article paru dans La Loire cette semaine du 19 octobre 2007
Le centre des congrès de Saint-Étienne abritait lundi la réunion régionale du Grenelle environnement pour les départements de l'Ardèche, de la Drôme, de la Loire et du Rhône. 300 experts ont participé aux ateliers du matin, qui précédaient le débat ouvert au public l'après-midi.
Lundi, le vert a fait recette à Saint-Étienne. Il n'était pourtant pas question de football mais d'environnement, avec une consultation régionale du Grenelle. Comme un symbole, Ardèche, Drôme, Loire et Rhône s'étaient donnés rendez-vous au centre des congrès, né de la reconversion du site Manufrance. "Un exemple de développement durable", a souligné Michel Thiollière, "frappé par l'intérêt que suscite ce débat auprès de nos concitoyens". Un débat auquel il a dès juillet souhaité associer Saint-Etienne. Volonté exaucée par Jean-Louis Borloo, son compère du Parti radical, ministre de l'Ecologie, du Développement et de l'Aménagement durables. "Le Grenelle est une forme nouvelle de démocratie, a ajouté le sénateur-maire, dithyrambique. Chacun a un rôle à jouer et le rôle de chacun est égal à celui des autres."
L'exercice consistait à recueillir les avis d'acteurs locaux et du public, après la rédaction de rapports nationaux. En attendant un projet de loi au premier semestre 2008. Cette manifestation permettra-t-elle cependant de faire avancer le schmilblick environnemental ? Difficile à dire à l'issue d'une manifestation qui a vu se masser jusqu'à 700 personnes dans l'amphithéâtre Etienne Mimard le temps de la séance plénière (les organisateurs avaient lancé 5 000 invitations et prévoyaient, en cas de plus forte affluence, d'ouvrir des salles supplémentaires pour accueillir le public). Celle-ci faisait suite à un film dans lequel intervenait Jean-Louis Borloo. Elocution sûre et noeud de cravate mal ajusté, il a notamment répété une phrase attribuée à Antoine de Saint-Exupery : "Nous n’héritons pas la Terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants." (1)
Objectif : "Des mesures structurantes et concrètes"
La journée avait démarré avec des débats réunissant près de 300 experts. Avec, au final, une farandole de propositions et autres réflexions. Comme l'a souhaité le ministre, ce n'est pas une personnalité politique qui a conclu les propos. Véritable clin d'oeil, la synthèse incombait à Khaled Bouabdallah, président de l'université Jean Monnet, qui forme une part importante des nouvelles générations. Une mission complexe après trois heures de discussion en fin de matinée au sein des six ateliers (2). Avec un objectif : "Identifier des mesures structurantes et concrètes, capables de modifier nos comportements."
Khaled Bouabdallah a établi trois propositions transversales. Il a noté le besoin de favoriser la connaissance et la recherche. Ce qui passe par une sensibilisation dès le plus jeune âge, le développement de la recherche et le recours à l'expertise scientifique.
L'universitaire a aussi insisté sur l'importance des démarches d'évaluation. Une méthode qui permet d'anticiper les coûts, les effets et de rendre compte de l'efficacité, de l'efficience, ainsi que de l'utilité des mesures prises. "Nous sommes en retard par rapport aux pays anglo-saxons ou d'Europe du Nord. Nous ne devons pas voir les évaluations comme une contrainte", a-t-il martelé. Et, au contraire, systématiser les études d'impact et développer l'expertise indépendante.
Le nucléaire et l'eau esquivés
Enfin, Khaled Bouabdallah a évoqué un développement de l'information des éco-consommateurs, via l'étiquetage carbone des produits, un développement de la citoyenneté écologique et des écolabels.
Il a conclu en citant une vingtaine de propositions formulées au cours de la journée. Pêle-mêle, l'application des lois existantes, la responsabilisation des citoyens, l'accroissement des aides à la forêt française, la nécessité d'un référentiel en vue d'une labellisation ("quelle autorité la délivrera ?") ou encore une considération du patrimoine naturel égale à celle du patrimoine culturel.
Malgré la passion qui animait la plupart des participants, un ton courtois a perduré durant cette journée. Une demande respectée y compris par les militants anti-OGM. Ce qui ne les a pas empêchés d'intervenir et de répéter leur détermination "à poursuivre (leur) action en faveur de la liberté et du droit de produire et consommer sans OGM". Pourtant, certains restaient sur leur faim. Des thèmes comme le nucléaire et l'eau n'ont presque pas été abordés. Et le dossier des OGM n'a guère avancé.
Jean-Marc Fragnoud, qui présidait l'atelier "adopter des modes de production et de consommation durables", déplore ces manques. Le président de la commission environnement des chambres régionales d'agriculture Rhône-Méditerranée estime que "cet exercice a un intérêt majeur : la prise de conscience. Mais aussi des limites. Posons-nous la question de l'utilité. Il n'est pas impossible qu'il s'agisse d'une opération de communication." Le compte à rebours est désormais enclenché.
(1)
Des internautes accordent cette phrase à l'ancien président sénégalais Léopold Sédar Senghor.
(2)
Lundi, la réunion décentralisée du Grenelle de l'environnement a fonctionné à travers six ateliers thématiques. Chacun d'eux s'intéressait aux thèmes qui avaient précédemment donné lieu à la publication de rapports au plan national. À savoir : "lutter contre les changements climatiques et maîtriser la demande d'énergie", "préserver la biodiversité et les ressources naturelles", "instaurer un environnement respectueux de la santé", "adopter des modes de production et de consommation durables", "construire une démocratie écologique" et "promouvoir des modes de développement écologiques favorables à l'emploi et à la compétitivité".
Article publié dans La Loire cette semaine du 19 octobre 2007
La plupart des étudiants utilisent Internet pour mener à bien leurs dissertations, dossiers, rapports et autres mémoires. Problème : l'informatique facilite la copie de textes dont ils ne sont pas les auteurs. Les établissements d'enseignement supérieur cherchent donc la solution pour évaluer correctement leurs capacités. Nombre d'entre eux ont craqué pour des logiciels chargés de traquer ces fameux "copier-coller".
Quel étudiant, même plein de bonne volonté, n'a jamais repris à son compte le passage d'un livre ou d'une page web sans citer sa source ? Pour ne pas dire purement et simplement recopier… Pourtant, les adeptes de cette pratique, largement démocratisée avec l'essor d'Internet, peuvent commencer à se faire du souci. De plus en plus d'établissements d'enseignement supérieur s'équipent de logiciels capables de repérer les "copier-coller" glissés au milieu d'une copie.
La semaine dernière, le pôle de recherche et d'enseignement supérieur de Lyon (1) a rejoint la liste des clients de Compilatio.net. Créé par la société savoyarde Six Degrés, il permet, au même titre que le Suédois Urkund ou l'Américain Turnitin, de déceler tout ou partie d'un texte disponible sur Internet, et qui a donc été plagié. Avant Lyon, les universités d'Aix-Marseille, Bordeaux 4, Paris 1, 8, 10, 12 et 13 ainsi que Rennes 1, l'université de Savoie, HEC ou l'ESC de Toulouse avaient déjà adopté ce système.
Il faut dire que, à la plus grande déception des professeurs qui voyaient en Internet une source supplémentaire de connaissance, la toile occasionne quelques dérapages. Moyennant parfois finances, on peut s'y procurer rapports, fiches de lecture et autres exercices clés en main. Matthieu, qui vient de boucler un cursus en économie dans la Loire, n'hésite pas à reconnaître avoir recopié "mot pour mot des passages qui abordaient pleinement le sujet de (son) devoir". Sans jamais citer ses sources, graphiques et tableaux exceptés. Pourtant, il n'a jamais été repéré. "Même si certains profs devaient bien s'en rendre compte", préfère-t-il plaisanter.
Bientôt à Saint-Etienne ?
Amandine, jeune professeur des écoles, affirme avoir, durant ses études, "essayé de ne pas faire de copier-coller, surtout lorsqu'il s'agissait de quelque chose d'important comme une dissertation". "A chaque fois je reformulais avec mes propres mots", ajoute-t-elle. Cette jeune femme, qui dit avoir été "très honnête durant sa vie scolaire", fait toutefois partie d'une minorité. Une étude menée par le Pres de Lyon et à laquelle a participé un millier de ses étudiants révèle que près de 80 % d'entre eux ont recours au copier-coller, qu'on retrouve dans environ 25 % des travaux rendus.
Pour l'instant, l'université Jean Monnet de Saint-Étienne n'a pas emboîté le pas de ses acolytes. "Je ne me suis pas posé la question, mais pourquoi pas", rétorque son président, Khaled Bouabdallah. Mieux, il s'y déclare même "favorable". Il explique que "face au développement de l'accès à des ressources d'information que l'on contrôle plus ou moins bien, ce système n'est pas une mauvaise chose pour pouvoir évaluer correctement un élève". Avant d'assurer qu'"un professeur expérimenté peut repérer les copier-coller".
"Démontrer sa capacité à se forger une opinion"
Pour autant, Khaled Bouabdallha estime que "faire appel à des sources d'informations est positif". "Le problème vient de l'utilisation qu'on en fait, quand on ne cite pas l'origine des informations, précise-t-il. Il y a peut-être des actions à mener auprès des collèges et des lycées, car c'est là que se prennent les mauvaises habitudes. Même si, au collège, faire des recherches, les copier pour un exposé, à la limite pourquoi pas. Il y a un travail de recherche. C'est différent à l'université, où il faut démontrer sa capacité à se forger une opinion".
Amandine admet partiellement l'utilisation de Compilatio.net. D'après elle, "cela évite de plagier bêtement des lignes et des lignes, ce qui n'a pas de sens". "Sauf s'il est utilisé avec parcimonie, à bon escient et s'il y a du travail derrière", ajoute-t-elle. Matthieu, lui, ne décolère pas. "Avant de recopier un texte, on le lit pour voir s'il correspond à notre sujet", argue-t-il, estimant que si le texte ne vient pas de la personne sensée le rédiger, l'important reste la démarche en vue d'obtenir cette connaissance.
De toute façon, l'arrivée de ces logiciels ne marque pas la fin de la polémique. "Les plus malins pourront toujours déposer leur sujet sur des forums et récupérer les idées des internautes", ajoute Matthieu. Cyril, titulaire d'un DESS et féru d'informatique, nous donne son truc : "Trouver des sites étrangers et traduire." Ce qui n'est pas à la portée de tout le monde. Même si, dans ce domaine aussi, Internet regorge de solutions.
Franck Talluto
(1)Le pôle de recherche et d'enseignement supérieur (Pres) de Lyon regroupe douze établissements dont les universités Lyon 1, 2 et 3, l'école normale supérieure, l'IUFM, l'institut d'études politiques et l'école vétérinaire et regroupe 100 000 étudiants.
Article paru dans La Loire cette semaine du 12 octobre
Dans les coulisses de Geoffroy-Guichard
Chaque soir de match à Saint-Étienne, quelques privilégiés peuvent profiter des salons du stade Geoffroy-Guichard pour se désaltérer et reprendre des forces avant, pendant et après la rencontre. Pour cela, près d'une centaine d'hôtes et d'hôtesses se démène, notamment durant la mi-temps. La Gazette des Verts s'est infiltrée dans les couloirs du Chaudron pour vous faire vivre une soirée en leur compagnie.
Pour Céline, c'est le même rituel un samedi sur deux depuis cinq ans. Un peu plus de deux heures avant la rencontre entre l'AS Saint-Étienne et Caen, la jeune femme franchit les grilles de Geoffroy-Guichard. Hôtesse dans les salons du stade, cette jolie blonde signale son arrivée à sa hiérarchie avant de troquer ses bottines et son jean contre un sobre tailleur noir qu'accompagnent un haut blanc et des escarpins.
Il est déjà 18 heures, les deux salons – le village au premier étage, et le salon d'honneur, au deuxième ; le salon panthère, au troisième, étant fermé Coupe du monde de rugby oblige – se mettent en place. Si les boissons ont été réparties entre les bars nord, sud et central durant l'après-midi, reste à préparer et à positionner les mets livrés par R2C, filiale de Casino Cafétéria. Au total, près d'une cinquantaine d'hôtes et d'hôtesses recrutés par Creyf's Interim, en majorité des étudiants, assureront le service.
Près de 300 personnes sont attendues et peuvent arriver dès l'ouverture des grilles, à 18 heures. Elles sont toutefois assez peu nombreuses à suivre le match décalé sur les quatre écrans plats qui ornent les murs orange et blanc du village. Ce salon flambant neuf, qui remplace le chapiteau installé dans la cour, occupe désormais la place laissée vacante depuis le déménagement des bureaux administratifs à l'Etrat.
Champagne et canapés
Les 320 spectateurs attendus arrivent au compte-goutte et garnissent les allées, où pantalons à pince et écharpes vertes se côtoient. La plupart des conversations tournent autour du football en général, des Verts en particulier. Pour donner du courage à ces convives, de petits canapés au saumon les attendent sur les buffets. Bière, sodas et champagne figurent aussi au menu du jour.
À un quart d'heure du début du match, on commence à rejoindre sa place. "Allez, on y va, je ne veux pas être en retard", lance un homme en costume sombre. Au bout de son bras, un garçon qui porte un maillot vert floqué au numéro 27, celui de Julien Sablé, et doit se résoudre à finir sa portion sur le chemin qui les conduit à la tribune. D'autres traînent et ne prêtent même pas attention à la composition des deux équipes. Il faut dire que la pièce est bien isolée, on n'entend même pas la réponse du public aux speakers, lorsque ceux-ci égrènent un à un le prénom des coéquipiers de Loïc Perrin. Finalement, il faut attendre cinq minutes de jeu pour que tout le monde ait déserté les lieux.
A la mi-temps, le rush
En coulisses, pas question de perdre une minute pour préparer le temps fort de la soirée : la mi-temps. "Nous n'avons que quinze minutes pour servir tout le monde. C'est un véritable rush", explique Céline. À peine le repos est-il sifflé par l'arbitre que les grappes de spectateurs envahissent tranquillement mais sûrement l'endroit. Dans le salon d'honneur, à deux pas de la tribune officielle Roger Rocher et des loges privées, on se rafraîchit la gorge et on reprend des forces avec de petites pizzas. Avant de commenter ce premier acte, images à l'appui grâce à la douzaine de télévisions installées ici.
Le bar central est effectivement pris d'assaut. Céline et ses deux collègues s'activent. Tout en remplissant quelques flûtes, elle constate rapidement que, même si le Chaudron accueille une assistance moyenne (près de 27 000 spectateurs), "il y a autant de monde que d'habitude dans les salons. La cadence est rapide, mais les gens sont plutôt gentils avec nous".
Encore une fois, quelques retardataires manquent le coup d'envoi. Pendant que s'achève le supplice du promu caennais, plats chauds, macarons et autres douceurs remplacent les verres vides sur les tables. 22h50. Les bars nord et sud ayant fermé, les spectateurs se retrouvent au salon d'honneur. "Ils ont tendance à traîner si le match a lieu le week-end et encore plus si les Verts ont gagné", glisse Céline avant de regagner son poste.
Tout nettoyer pour pouvoir tout recommencer
Comme le veut la coutume, un des acteurs de la soirée rejoint l'assistance pour une traditionnelle interview d'après match. Aujourd'hui, c'est Mouhamadou Dabo qui s'y colle. Si les enfants, carnet et stylo en main, attendent sagement, un brouhaha couvre la voix du discret défenseur des Verts. Plus à l'aise pour signer des autographes que derrière un micro, l'international espoirs prend le temps de répondre aux sollicitations avant de prendre la poudre d'escampette. Les invités, eux, continuent de refaire le match et de commenter les résultats. Au passage, on aperçoit Roland Romeyer et quelques personnalités politiques, dont le député européen Françoise Grossetête.
Progressivement, chacun vaque à ses occupations, certains vont attendre les footballeurs à leur sortie de la salle de presse. Passé 23 heures, les dernières personnes qui errent encore sur la moquette grise et bleu marine sont invitées à se diriger vers la sortie. L'heure du grand nettoyage a sonné. "Nous devons laisser les pièces aussi propres que lorsque nous sommes arrivés", prévient Céline. Il est 23h30, notre hôtesse et ses collègues ont tout astiqué et rangé, prêts à remettre le couvert dès ce week-end.
Article paru dans l'édition d'octobre du mensuel La Gazette des Verts
Hasbro lance une nouvelle formule de son jeu Monopoly. Vingt-deux communes françaises occuperont les cases habituellement réservées aux rues parisiennes. Les internautes sont invités à voter jusqu'au 10 octobre pour désigner les heureuses élues.
Cette nouvelle version débarquera en magasin au printemps 2008. De là à en faire un enjeu municipal… Hasbro a cependant tout prévu pour haranguer le "patriotisme local", grâce à des affiches téléchargeables.
Pour soutenir la localité de son cœur, une interface web intuitive propose de faire son choix sur des cartes où figurent quarante-quatre points représentant autant de localités. Si les Dom-Tom en font partie, tout comme Clermont-Ferrand, Grenoble ou Lyon, Saint-Étienne brille par son absence. Reste une solution : utiliser la case "Joker". Ce dispositif permet de voter pour une commune n'apparaissant pas sur l'Hexagone, à la seule condition de préciser son département et de fournir une adresse mail valide.
Un vote par jour et par personne
Mercredi 12 septembre, Dunkerque occupait le premier rang, avec plus de 2000 voix, soit quasiment le double du deuxième, Reims. Quant à la Loire, elle venait enfin de faire son entrée parmi les vingt-deux heureux élus, à l'avant-dernière position. Parmi les "petites" communes, comment ne pas pointer du doigt la percée du Bourget-du-Lac (moins de 4 000 âmes), vingt-neuvième ? Pour faire monter le suspense, l'accès au classement sera bloqué lors de la dernière semaine de vote.
Alors, pour s'assurer de la présence de votre ville sur ce nouveau plateau, il ne tient qu'à vous de cliquer. Petites précisions utiles : pas besoin de s'inscrire pour participer et il est possible de voter une fois par jour. À vos claviers.
Dans la série "Reporters", diffusée sur Canal+ et qui vient de sortir en DVD, Jérôme Bertin campe Alain Massard, présentateur vedette d’un journal télévisé. Ancien de LCI et de France Info, il a accepté pour Rue89, "la page d'accueil de (son) navigateur", de revenir sur sa carrière et l'évolution d'une profession qu'il a "adorée".
Vous incarnez Alain Massard dans la série "Reporters". Peut-on comparer le travail d'un acteur et celui d'un présentateur de JT ?
Oui, dans le rapport à l’image. Pour jouer un personnage, il faut être au plus près de ses émotions et s’exposer. Ce qu'un présentateur fait aussi vis-à-vis du public. En revanche, en tant que journaliste, j’ai appris à me protéger. Avant d’arriver à LCI, j’ai fait beaucoup de reportages, beaucoup de locales. J’ai vu le chômage, la guerre, et certains de mes amis sont morts alors qu’ils étaient envoyés spéciaux. Quand on travaille en média continu, on parle essentiellement de drames. Si vous ne voulez pas être détruit vous-même, il faut prendre ses distances.
Qu'est-ce qui vous a poussé à abandonner cette profession ?
Je lis les journaux depuis l’âge de 13 ans, j’ai grandi dans une famille politiquement engagée… Exercer ce métier était pour moi une vocation, j’avais le sentiment de pouvoir changer le monde. J’ai longtemps apprécié de travailler à LCI, puis j’ai ressenti un phénomène de lassitude.
Rester présentateur durant neuf années à France Info puis à LCI est très usant. Et répétitif. A la fin, je n’étais plus convaincu de l’efficacité de ma façon de faire ce métier. Je ne voulais pas finir ma carrière aigri. Sur des choix éditoriaux, ma relation avec Jean-Claude Dassier [directeur général de LCI, ndlr] n’était pas simple non plus. On s’est mis d’accord pour se quitter.
Pourquoi vous êtes-vous tourné vers la comédie ?
J’ai fait beaucoup de théâtre plus jeune. Un jour, on m'a proposé de jouer dans un film de Claude Chabrol ["La Fleur du mal", ndlr]. Ma curiosité m’a fait accepter. Depuis, me retrouver sur un plateau de tournage est une drogue dure. Je trouve génial de changer de métier à 40 ans. On retrouve l’enthousiasme de ses 20 ans.
Vous avez déclaré ne plus croire au journalisme, qui "fait primer la nouveauté sur la gravité en déversant de l’information en continu"...
L’information continue constitue un immense progrès dans la mise à disposition de l’information au public. Avant, il fallait attendre 20h pour suivre la grand-messe du journal télévisé, ou patienter jusqu'à la sortie du Monde. Mais ce temps-là favorisait une période de réflexion. Aujourd’hui, on ne cherche que la nouveauté, parfois au détriment du fond de l’information.
Du coup, un épiphénomène peut se retrouver à la Une de l’actualité, car il apporte un renouvellement. C’est terrible. Je me souviens d’une affaire liée au fils d'Alain Juppé, logé rue Jacob, à Paris, dans un appartement dont les travaux avaient été payés par le contribuable. Lorsque l’information tombe, nous en faisons l’ouverture du journal de LCI. Le lendemain, on a considéré qu'elle était morte et on l’a placée dans le ventre mou du JT. On ne laisse plus au public le temps de s’approprier l’information.
Peut-on expliquer ces maux par la formation dispensée dans les écoles, comme l'affirme François Ruffin dans Les Petits Soldats du journalisme ?
Je ne dirais pas cela, d’autant que je suis intervenant au CFJ [Centre de formation des journalistes, l'école que François Ruffin a fréquentée, ndlr] (rires). Il y a eu une évolution dans ce métier, avec le développement de techniques de fabrication, de formulation et de mise en image de l’information. Tous les reportages sont réalisés de la même façon, mais ils sont rigoureux. Les étudiants qui sortent des écoles reconnues par la profession font du bon travail, comparé à certaines approximations auxquelles j’ai pu assister dans ma carrière.
Lorsque j’ai débuté, beaucoup de journalistes, dont moi, n’étaient pas passés par ces écoles. Je les vois comme une richesse. Elles ne formatent pas, elles donnent des outils. Il en va aussi de la responsabilité des jeunes de ne pas avoir l’esprit formaté.
Qu'avez-vous pensé des critiques adressées aux médias pendant les campagnes électorales, notamment de la part de François Bayrou ?
Il a raison. Les règles du CSA sont un premier pas, mais il faut les faire évoluer. Dans un journal, une brève de quinze secondes sur Ségolène Royal est comptabilisée dans le temps d'antenne. Même si cette information lui est défavorable. Quant au temps de parole, je me souviens qu'à LCI, on rattrapait le retard pris dans la journée envers certains candidats lors du journal de minuit…
Et en ce qui concerne la connivence entre journalistes et politiques ?
L’affaire de la vidéo de Nicolas Sarkozy au G8 est très drôle. Je ne suis pas "ségoléniste". Mais quand Ségolène Royal dit: "Imaginez si ça avait été moi…", je suis d’accord avec elle. Je crois cependant que Nicolas Sarkozy fait peur davantage qu’il n'intervient auprès des rédactions.
En 1991, lorsque je travaillais comme pigiste, on m’a envoyé à la célébration du départ en retraite d’un général. J’ai trouvé révoltant qu'il passe un bon moment alors que, dans le même temps, ses anciennes troupes rejoignaient le conflit en Irak. Je l’ai signalé dans mon article. Résultat: j’ai été mis à pied durant trois semaines. J’ai compris que si je voulais vivre, il fallait que je fasse attention.
Un jeune qui arrive dans une rédaction ne sortira pas de scoop sur Nicolas Sarkozy, par peur de perdre son job. La dépendance économique et le carriérisme posent problème.
Comment vous situiez-vous dans ce type de rapport ?
J’adore la politique, mais je n’ai jamais éprouvé le besoin de me mélanger à ce monde. A trop s’y mêler, on s’y perd… Lorsqu'on côtoie des personnalités politiques, il faut veiller à ne pas trop les égratigner dans ses articles, puisqu'on les retrouvera autour d’un dîner. Les journalistes politiques ont une fascination pour les politiques, et je crois que la réciproque est vraie. Mais tout ce petit monde vit en vase clos.
Pour y remédier, il faudrait changer les journalistes politiques de service, ou leur demander d'aller davantage au contact des militants. Il serait intéressant de voir la proportion que représentent les articles consacrés aux militants face à ceux qui traitent des appareils politiques.
Les relations entre politiques et journalistes font partie des fils rouges de "Reporters". Anne Coesens [qui incarne Florence Daumal, journaliste politique, ndlr] a fait un super travail. On sent ce glissement vers une espèce de collusion qu’elle rejette. Elle se laisse manipuler, avant de comprendre.
Cette série peut-elle redorer l'image de la profession auprès du grand public ?
Elle en donne une image honnête. "Reporters" est très fidèle à ce que j’ai pu connaître en rédaction. On voit notamment la différence entre presse écrite et télévision, avec les "intégristes" de l’information dans la première. A travers cette série, on découvre l’aspect humain des journalistes. Et elle n’est pas manichéenne, on n'y voit pas un bon et un mauvais.
Par exemple, mon personnage, Alain Massard, est imbu de sa personne. Mais il éprouve en fait une grande solitude, ce qui le pousse à séduire des jeunes filles pour se rassurer. "Reporters" rappelle au public que les journalistes sont juste des hommes et des femmes qui font ce métier.
Votre participation à cette aventure représentait-elle un retour aux sources pour vous ?
Non. Même si nous avons beaucoup discuté entre auteurs, acteurs et la production pour vérifier que la série restait conforme à la réalité, je n'ai pas tenu de rôle de conseil. Au départ, je pensais même refuser, puis la lecture du scénario m’a convaincu. J’avais l’impression de lire la lettre de rupture que j’aurais voulu envoyer à un métier que j’ai adoré.
S'il ne s'agissait que d'une série qui montre comment on fabrique de l’info, elle n’intéresserait pas les téléspectateurs. En plus d’observer les médias, les auteurs ont respiré l’air du temps et l’ont intégré. Ils ont eu le nez creux, même si ce n’est pas ce que met en avant la communication autour de la série. Celle-ci raconte des histoires géniales, parle de phénomènes qui se sont produits au moment où Canal+ diffusait les épisodes, comme le suicide chez les jeunes ou la perquisition dans un journal. Les gens qui ont participé en sont assez fiers. Cela a créé un lien fort entre nous, même si chacun a ses propres affinités.
Canal+ a déjà annoncé une deuxième saison. Vous reverra-t-on dans la peau d'Alain Massard ?
Et comment! Je crois que la série n'a pas encore abordé certains thèmes, comme la fascination des gens de l’image sur le public. J’ai déjà vu dans des soirées d’anciens animateurs vedettes qui cherchaient dans le regard des gens l’admiration qu’ils avaient pu susciter. Quand tout va bien, tout le monde vous apprécie. Mais il ne faut pas oublier que beaucoup aimeraient prendre votre place.
Vous travaillez avec une équipe, mais, au bout du tunnel, vous avez la charge de valoriser ce travail. Qu'il soit positif ou négatif. Prenez l’exemple de David Pujadas: il a payé la fausse annonce du retrait d’Alain Juppé de la vie politique. Je pense pourtant qu'il s'agissait de la décision de l’équipe rédactionnelle, qui voulait devancer TF1. Présentateur reste un métier très solitaire.
Publié le 28 juin sur le site Internet Rue89.com
http://rue89.com/2007/06/28/la-dependance-economique-et-le-carrierisme-des-journalistes-posent-probleme
À compter du 1er juillet, les foyers français pourront faire appel à d'autres fournisseurs d'électricité et de gaz naturel qu'EDF et Gaz de France. Tandis que leurs nouveaux concurrents assurent que la fin de ce monopole permettra aux consommateurs de faire des économies, les associations prônent la vigilance. Elles étayent leurs propos en signalant que les entreprises, confrontées à cette même étape il y trois ans, ont été confrontées à une forte hausse des prix.
Est-ce la fin d'une époque ? Trois ans après les professionnels, les particuliers français pourront, à compter du 1
juillet, se laisser séduire par d'autres fournisseurs d'électricité et de gaz naturel que les opérateurs historiques, EDF et Gaz de France. Après la libéralisation des télécoms, place donc à celle de l'énergie. Au nom de la concurrence "libre et non faussée" exigée par l'Union européenne, l'Hexagone s'apprête à renoncer à un fonctionnement monopolistique en vigueur depuis les nationalisations dictées par la loi du 8 avril 1946.
Cette nouvelle règle du jeu, qui touche vingt-sept millions de foyers pour l'électricité et douze pour le gaz, n'est pas impromptue. Une première directive européenne précisait dès la fin 1996 que les Etats membres devaient "veiller à ce que les entreprises d'énergie (…) soient exploitées (…) dans la perspective d'un marché de l'électricité concurrentiel et compétitif". Une deuxième directive, celle du 26 juin 2003, a affiné l'idée et exigé de ces mêmes pays que tous leurs résidants soient éligibles au plus tard au 1er juillet 2007. C'est-à-dire qu'ils puissent librement choisir leur fournisseur. Contrairement à la Grande-Bretagne, l'Allemagne ou les Pays-Bas, mais comme les pays de l'Est, la France a attendu le dernier moment pour rejoindre le peloton communautaire.
Aucune manipulation ni interruption de service
Dans la pratique, c'est plus une évolution qu'une révolution qui s'annonce. La fourniture d'énergies sera soumise à concurrence, avec l'arrivée d'acteurs qui ont déjà démarché les entreprises. De leur côté, EDF réseau distribution et Gaz de France réseau distribution, filiales des groupes du même nom, endosseront la responsabilité de 95 % de l'activité d'acheminement (transport et distribution), les 5 % restant étant dévolus à quelques gestionnaires de réseaux locaux. À eux la charge de gérer tout ce qui concerne les mises en service ou le relevé des compteurs. Un gage qui rassurera les individus désireux de se tourner vers d'autres fournisseurs. D'autant qu'ils n'auront aucune manipulation à accomplir et que la transition se réalisera sans interruption de service.
La principale interrogation porte sur les différents prix proposés aux consommateurs. Si vous n'avez effectué aucune démarche, EDF et Gaz de France continueront de vous facturer leurs prestations à un tarif régulé par les pouvoirs publics, modifiables par décret
du Conseil d'Etat, après proposition des ministres en charge de l'Economie et de l'Energie. Si vous choisissez de passer à la concurrence, vous opterez pour des prix dérégulés, fonction des fluctuations du marché.Les associations prônent l'immobilisme
Voilà l'objet du débat entre associations de consommateurs et libéraux. Ces derniers prétendent que toute sortie de monopole se révèle avantageuse pour le public à moyen ou long terme, grâce à la compétition que se livrent les concurrents sur le marché ? Leurs opposants rétorquent que les prix régulés français figurent déjà parmi les plus bas d'Europe. Il ne serait donc pas possible de les faire baisser, d'autant que, dans le cas des professionnels, les prix ont suivi une courbe inverse (lire l'encadré Prix régulés ou dérégulés ?). D'où la campagne d'associations comme UFC-que choisir, qui encouragent les consommateurs à rester insensibles aux nouvelles offres. Au moins le temps de voir comment les choses évolueront.
Entre ces deux camps retranchés, le gouvernement prône "une vigilance particulière", "afin de maintenir le niveau exemplaire de qualité de service et de sécurité dont nos concitoyens disposent aujourd'hui". Il a du coup nommé en mai dernier un médiateur national de l'énergie, en l'occurrence Jean-Claude Lenoir. Le député UMP de l'Orne a pour mission d'informer et de protéger le consommateur, notamment en cas de litige, qu'il essaiera de régler à l'amiable. Dans l'immédiat, celui-ci ne devrait pas être débordé. En juin 2006, le baromètre FNCCR-Ifop estimait que 75 % des Français n'avaient pas l'intention de changer de fournisseur, un pourcentage en augmentation continue depuis juin 2004.
Article publié le 29 juin 2007 par La Loire cette semaine, dans le cadre d'un dossier sur l'ouverture du marché de l'énergie.