Sur un doux air de revanche
Avec Chirac, mon ami de trente ans, Jean-François Probst, ancien collaborateur du président, livre de nombreuses anecdotes sur la carrière de ce dernier. Curieusement, il publie un livre plutôt à charge tout en soulignant les qualités de Jacques Chirac, "notre héros". Et conclut même en regrettant sa non candidature à la présidentielle 2007.
Jacques le séducteur, Chirac le killer. Ce portrait de leur président, les Français ne le découvrent pas avec ce Chirac, mon ami de trente ans. L'intérêt de cet ouvrage ? Son auteur, Jean-François Probst, a longtemps travaillé dans l'entourage proche de Jacques Chirac. Et connaît donc suffisamment les ficelles pour livrer un témoignage crédible. Aussi amusant que déstabilisant.
Chaque chapitre renvoie à un aspect de la personnalité de Jacques Chirac ou à un épisode de sa vie. Certains fourmillent d'anecdotes croustillantes. Pêle-mêle, "le tour de Paris, un soir bien arrosé, dans la Ferrari de Johnny", les femmes, mais aussi le torpillage de la campagne d'Edouard Balladur en vue de la présidentielle de 1995. Comme il avait déjà politiquement "assassiné" avant lui Jacques Chaban-Delmas, Valéry Giscard d'Estaing et d'autres moins connus du grand public.
Jean-François Probst livre aussi de nombreux détails sur les épisodes sombres de cette carrière. Il détaille notamment l'organisation du système Chirac en Corrèze, les emplois fictifs, présente ses bras droits successifs et liste les excès. Frais de bouche astronomiques, cave remplie de millésimes qui doivent être "jetés", à cause de "conditions imparfaites" ou encore dépenses en fruits et légumes supérieures à 1 000 francs par jour figurent en bonne place. Ce dernier point, l'auteur le justifie en racontant que Jacques Chirac menait campagne sur les fonds publics. Il organisait ainsi de nombreux déjeuners et autres soirées. Cela participait "au lobbying nécessaire au candidat malgré le financement public des partis et le remboursement par l'Etat des campagnes électorales", peut-on lire.
Jacques Chirac aurait été adopté
Jean-François Probst distille quelques indiscrétions personnelles concernant son "ami de trente ans". Il détaille la manière avec laquelle Bernadette exécute certains ex-alliés de son mari. Il évoque aussi leurs deux filles à travers les tentatives de suicide de l'aînée, Laurence, puis l'ascension de la cadette, Claude. Qui, au début des années 90, n'appelle plus son père "Papa", mais "Chirac". Il raconte la non publication, d'après lui grâce à une intervention Dominique de Villepin d'un livre sulfureux en 1996, Les années vertes du président. Et pour cause. Écrit à partir du journal intime d'une amie de la mère de Jacques Chirac, il suggérait que ce dernier aurait été adopté. Après la perte d'une petite fille, cette derniière aurait été victime d'une septicémie. "Un chirurgien lui aurait ligaturé les trompes (…), dix ans avant la naissance de Jacques", pourrait-on y lire.
Election présidentielle oblige, Jean-François Probst revient sur le deuxième quinquennat de Jacques Chirac. Il regrette que celui-ci ait succombé "aux délices du sectarisme partisan". Pour l'auteur, le président aurait du profiter des 82 % obtenus au second tour de l'élection de 2002 suffrages pour "injecter une forte dose d'espoir au moral des Français".
Un parallèle entre Miterrand et Chirac
Pourquoi alors révéler tant de "secrets" ? L'explication se trouve peut-être dans l'éviction du RPR de l'auteur en octobre 2000, par Michèle Alliot-Marie. Pourtant, Jean-François Probst conclut étrangement. Il souhaitait que Chirac se positionne pour un troisième mandat. Surtout pour faire barrage à un Nicolas Sarkozy "trop impatient, trop arrogant, démantibulé par les sondages". A l'heure de la rédaction de son libre, Probst assure même que "notre héros, celui de la grande épopée chiraquienne", réfléchit à "laisser la politesse à Marie-Ségolène (Royal)". "Vous êtes tenté, chacun le devine", insiste l'auteur.
Plus tôt dans le livre, on redécouvre que, plus jeune, Jacques Chirac vendait L'Humanité et fréquentait Rocard ainsi que le PSU. Un parcours finalement à l'inverse de son prédécesseur. "François Mitterand et Chirac se sont détestés, appréciés, considérés et puis, à la fin, sûrement aimé", analyse Jean-François Probst. Pour lui, Mitterand était Machiavel et Chirac Borgia. "Il tue, mais jamais complètement. La victime peut toujours resservir." Une phrase qui résonne comme un écho au dossier sorti ces dernières semaines par le Canard enchaîné, concernant un deal entre Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy. Le premier apporterait son soutien au second. Une fois élu, celui-ci s'arrangerait pour que le premier ne soit pas la cible des juges, une fois son immunité présidentielle levée.
Chirac, Mon ami de trente ans, Jean-François Probst, Denoël, 270 pages, 18 euros
Jacques le séducteur, Chirac le killer. Ce portrait de leur président, les Français ne le découvrent pas avec ce Chirac, mon ami de trente ans. L'intérêt de cet ouvrage ? Son auteur, Jean-François Probst, a longtemps travaillé dans l'entourage proche de Jacques Chirac. Et connaît donc suffisamment les ficelles pour livrer un témoignage crédible. Aussi amusant que déstabilisant.
Chaque chapitre renvoie à un aspect de la personnalité de Jacques Chirac ou à un épisode de sa vie. Certains fourmillent d'anecdotes croustillantes. Pêle-mêle, "le tour de Paris, un soir bien arrosé, dans la Ferrari de Johnny", les femmes, mais aussi le torpillage de la campagne d'Edouard Balladur en vue de la présidentielle de 1995. Comme il avait déjà politiquement "assassiné" avant lui Jacques Chaban-Delmas, Valéry Giscard d'Estaing et d'autres moins connus du grand public.
Jean-François Probst livre aussi de nombreux détails sur les épisodes sombres de cette carrière. Il détaille notamment l'organisation du système Chirac en Corrèze, les emplois fictifs, présente ses bras droits successifs et liste les excès. Frais de bouche astronomiques, cave remplie de millésimes qui doivent être "jetés", à cause de "conditions imparfaites" ou encore dépenses en fruits et légumes supérieures à 1 000 francs par jour figurent en bonne place. Ce dernier point, l'auteur le justifie en racontant que Jacques Chirac menait campagne sur les fonds publics. Il organisait ainsi de nombreux déjeuners et autres soirées. Cela participait "au lobbying nécessaire au candidat malgré le financement public des partis et le remboursement par l'Etat des campagnes électorales", peut-on lire.
Jacques Chirac aurait été adopté
Jean-François Probst distille quelques indiscrétions personnelles concernant son "ami de trente ans". Il détaille la manière avec laquelle Bernadette exécute certains ex-alliés de son mari. Il évoque aussi leurs deux filles à travers les tentatives de suicide de l'aînée, Laurence, puis l'ascension de la cadette, Claude. Qui, au début des années 90, n'appelle plus son père "Papa", mais "Chirac". Il raconte la non publication, d'après lui grâce à une intervention Dominique de Villepin d'un livre sulfureux en 1996, Les années vertes du président. Et pour cause. Écrit à partir du journal intime d'une amie de la mère de Jacques Chirac, il suggérait que ce dernier aurait été adopté. Après la perte d'une petite fille, cette derniière aurait été victime d'une septicémie. "Un chirurgien lui aurait ligaturé les trompes (…), dix ans avant la naissance de Jacques", pourrait-on y lire.
Election présidentielle oblige, Jean-François Probst revient sur le deuxième quinquennat de Jacques Chirac. Il regrette que celui-ci ait succombé "aux délices du sectarisme partisan". Pour l'auteur, le président aurait du profiter des 82 % obtenus au second tour de l'élection de 2002 suffrages pour "injecter une forte dose d'espoir au moral des Français".
Un parallèle entre Miterrand et Chirac
Pourquoi alors révéler tant de "secrets" ? L'explication se trouve peut-être dans l'éviction du RPR de l'auteur en octobre 2000, par Michèle Alliot-Marie. Pourtant, Jean-François Probst conclut étrangement. Il souhaitait que Chirac se positionne pour un troisième mandat. Surtout pour faire barrage à un Nicolas Sarkozy "trop impatient, trop arrogant, démantibulé par les sondages". A l'heure de la rédaction de son libre, Probst assure même que "notre héros, celui de la grande épopée chiraquienne", réfléchit à "laisser la politesse à Marie-Ségolène (Royal)". "Vous êtes tenté, chacun le devine", insiste l'auteur.
Plus tôt dans le livre, on redécouvre que, plus jeune, Jacques Chirac vendait L'Humanité et fréquentait Rocard ainsi que le PSU. Un parcours finalement à l'inverse de son prédécesseur. "François Mitterand et Chirac se sont détestés, appréciés, considérés et puis, à la fin, sûrement aimé", analyse Jean-François Probst. Pour lui, Mitterand était Machiavel et Chirac Borgia. "Il tue, mais jamais complètement. La victime peut toujours resservir." Une phrase qui résonne comme un écho au dossier sorti ces dernières semaines par le Canard enchaîné, concernant un deal entre Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy. Le premier apporterait son soutien au second. Une fois élu, celui-ci s'arrangerait pour que le premier ne soit pas la cible des juges, une fois son immunité présidentielle levée.
Chirac, Mon ami de trente ans, Jean-François Probst, Denoël, 270 pages, 18 euros