Les débitants de tabac jouent leur dernière cartouche
Furieux après l'annonce du décret qui interdira dès février prochain de fumer dans les lieux publics, les débitants de tabac ont préparé leur riposte. Manifestation, rencontre avec les élus, ils abattent leurs dernières cartes, craignant notamment des répercussions économiques.
"Un décret est toujours modifiable, du jour au lendemain." Les intentions de la confédération des buralistes sont claires. Consultée par la mission parlementaire étudiant une éventuelle interdiction de fumer dans les lieux publics, elle préconisait un délai d'adaptation de cinq ans. Le sursis ne sera finalement que d'une année.
Décidés à se faire entendre, les débitants de tabac se mobilisent dès lundi, décrété "lundi de la colère". Dans chaque département, les buralistes devaient manifester devant la préfecture, afin de "montrer que c'est la France entière des buralistes qui se mobilise".
Des 159 bars-tabac que compte la Loire, tous ne sont pas opposés à cette mesure. Sandra Duverger, du Saint-Léger, à Saint-Léger-sur-Roanne, préfère positiver : "Le bar sentira meilleur." Point sur lequel la rejoint Laurent Hernandez, propriétaire du Sardon, à Génilac : "Même si je fume, cette mesure me satisfait car mon établissement ne possède pas d'extracteur de fumée. Et puis, à l'étranger, cela semble bien accepté." Il précise quand même qu' "il faudra étudier les éventuelles pertes financières. Même si je ne sers qu'une clientèle de passage et serai donc certainement moins exposé que les établissements ruraux." Notre homme appuie là où ça fait mal. Privés de leur bouffée d'air dur, les clients risquent de réduire les pauses-café. Par conséquent,"les petits commerces risquent de se retrouver privés de leur gagne-pain", s'inquiète le Galopin, à Charlieu. Qui a déjà choisi son camp : "Nous laisserons probablement fumer nos clients, quitte à risquer des amendes."
"Je redoute des problèmes de délation"
Au bar-tabac du pavé, à Marcilly-le-Châtel, Mme Donadieu reste perplexe. "Nous nous trouverons devant un cas de conscience : interdire à quelqu'un d' "utiliser" quelque chose qu'il vient de nous acheter. Bien sûr que, dans notre travail, il n'est pas évident de nous retrouver enfumés. Mais, plutôt qu'une interdiction totale, j'aurais préféré devoir installer des extracteurs de fumée."
Patron du Narval à Saint-Étienne, Jacques Conquet préside aussi la fédération Auvergne-Forez des débitants de tabac (1). S'il avoue qu'il se "pliera" au décret, il le voit comme une aberration. Et, surtout, s'inquiète des futures relations entre fumeurs et non fumeurs. "Je redoute vraiment des problèmes de délation, des bagarres entre fumeurs et non fumeurs, explique ce buraliste, dans la profession depuis quarante ans. J'ai peur que cela débouche sur une guerre du tabac. Même si, pour l'instant, les clients n'en parlent pas trop." Dans l'ensemble, ces derniers ne réagissent guère. Pour l'instant. Bien sûr, la nouvelle a intégré les discussions de comptoir. Mais comme toute actualité. Guère plus. "2008 leur semble très loin", justifie Jacques Conquet.
Justement, qu'en pensent les principaux intéressés ? Réponse avec cette cliente, installée à la table voisine, une cigarette à la main droite : "Je ne fumerai plus ici, pour éviter de prendre une amende. Mais autant, dans un restaurant, il me paraît normal que l'on ne puisse fumer ou que des salles spécifiques soient créées, autant dans un café…"
Culpabiliser les députés
Les débitants de tabac ne désespèrent pas de faire reculer les choses. Lundi également, ils en rajouteront une deuxième couche : des membres des bureaux de chaque chambre syndicale rencontreront les députés de leur département. Histoire, selon une note de la confédération, de culpabiliser les parlementaires, eux qui "n'ont servi à rien dans une décision si importante pour les Français". Pour enfoncer le clou, un grand rassemblement national est prévu fin novembre à Paris.
L'objectif ? "Faciliter un rapide aboutissement des négociations sur la prolongation et le renforcement du contrat d'avenir (…), à savoir la pérennisation des aides et l'amélioration du dispositif pour les frontaliers et les débits ruraux, l'évolution de la rémunération tabac, l'accélération du déploiement du timbre fiscal et la mise en place d'une subvention modernisation", détaille ce même document. En attendant une éventuelle guerre entre fumeurs et non-fumeurs, c'est un autre conflit qui démarre cette semaine. Après le pétard mouillé CPE, le gouvernement assumera-t-il jusqu'au bout ses convictions ?
(1) Fédération qui regroupe les départements de la Loire, de la Haute-Loire, de l'Allier, du Cantal, de la Lozère et du Puy-de-Dôme.
Le fumoir partira-t-il en fumée ?
Le Forez est réputé pour ses hivers rigoureux. Durant cette période, les fumeurs seront-ils réceptifs à l'appel des cafés s'ils doivent fumer depuis le trottoir ? Rien n'est moins sûr. Dominique de Villepin a donc proposé une solution "intermédiaire" : installer des "fumoirs strictement réglementés, hermétiquement clos, avec des extracteurs de fumée, où le personnel n'aura pas la possibilité d'entrer", et où l'on ne "pourra pas servir de consommations", afin que le personnel soit "protégé". Problème, le "bocal", comme les buralistes l'ont déjà surnommé, représente un investissement lourd. Trop lourd pour beaucoup. Ainsi, le Galopin, à Charlieu, coupe court : "Nous n'avons ni la place ni les moyens financiers d'installer un tel dispositif." Mme Donadieu, à Marcilly-le-Châtel, concède qu'elle cèdera, "si cela devient obligatoire." Cette solution ne la convainc guère, notamment sur l'aspect pratique : "Quand une personne non-fumeuse entrera chez nous avec un fumeur, on ne va quand même pas les séparer…" "Cela fait un peu prison, non ?", insiste Laurent Hernandez. "Je l'installerai seulement s'il devient obligatoire", conclut Mme Donadieu.
Comments
Merci de parler des buralistes, j'en suis une et je n'ai pas honte!
Je ne suis pas contre cette interdiction de fumer dans les lieux publics, encore que je pense que sur les lieux de travails, il aurait été simple d'aménager un coin fumeur.
Ce que je déplore aujourd'hui, c'est cette guerre contre le fumeur qu'on montre du doigt. Et les émissions télé se multiplient pour démontrer que le fumeur est un con et que ceux qui vivent du tabac sont d'horribles mécréants.
Sauf que n'oublions pas que c'est l'Etat qui ramasse le plus d'euros sur la vente d'un paquet de clopes.
Qu'on nous donne les moyens de nous reconvertir à ce moment là. Car ce n'est pas le pourcentage ridicule qu'on gagne sur un timbre poste ou fiscal qui peut compenser. Qu'on augmente notre marge sur les clopes, ce serait un minimum.
C'est une guerre hypocryte où seuls les gros débits gagneront et resteront. Le petits et les frontaliers crèveront la bouche ouverte sans que personne n'ait la moindre compassion pour eux puisque les médias, manipulés par le gouvernement, nous donne l'image de dealers impitoyables.
Si un jour, on déclare la guerre au sucre et à l'obésité, imaginez qu'on interdise la consommation de viennoiseries ou de patisserie dans un Pat-à Pain?
Vous l'achetez et vous vous planquez pour manger...
Et on en est encore à se foutre de la gueule des américains qui n'ont pas le droit de boire de l'alcool en public, qui doivent cacher leur bibine dans un sac en papier, ce qui ne trompe personne...
On a beau dire, on y vient, on devient aussi con que les Ricains!