Cyril Dessel : "J'ai envie de revivre de grands moments sur le vélo"
"J'ai envie de revivre de grands moments sur le vélo"
C'est avec gentillesse et franchise que Cyril Dessel, septième et premier Français du dernier Tour de France cycliste, nous dévoile sa préparation avant cette nouvelle saison. Il évoque aussi sa joie d'avoir pu donner le coup d'envoi de la rencontre entre Saint-Étienne et Lorient au cœur du stade Geoffroy-Guichard.
L'heure de la reprise a-t-elle sonné ?
Oui, j'ai recommencé vers le 11 novembre avec un programme d'entraînement établi par mon directeur sportif, Julien Jurdie, et de la préparation physique. Depuis jeudi dernier, je participe au premier rassemblement de l'équipe AG2R au Temple-sur-Lot, dans le Lot-et-Garonne, pour une dizaine de jours. Il s'agit du plus important de l'année puisque c'est le seul où l'ensemble des coureurs de l'équipe sera présent. Une bonne occasion de travailler le foncier, de présenter le fonctionnement de l'équipe aux nouveaux et de rencontrer les directeurs sportifs afin de définir le programme de courses ainsi que les objectifs de chacun.
Après votre belle saison 2006, votre statut au sein de l'équipe a-t-il évolué ?
Je tiens désormais plus un rôle de leader. Je sais que je serai plus attendu par l'équipe, les médias, le public. Sans me mettre de pression supplémentaire, je suis conscient d'avoir plus de responsabilités au sein de l'équipe. Même si ce ne sera pas le cas sur toutes les courses. J'ai envie de réussir un bon Paris-Nice, le Dauphiné libéré puis le Tour de France, où Christophe Moreau sera aussi leader. Nous avons également de bons équipiers susceptibles de gagner des courses, comme Sylvain Calzatti, John Gadret, Samuel Dumoulin. J'ai déjà été équipier, je saurai le redevenir si un de mes partenaires marche fort lors d'une épreuve.
Avec le recul, que retenez-vous de l'exercice écoulé ?
De grands souvenirs, des émotions fortes. C'était déjà fabuleux de remporter une étape du Tour méditerranéen, puis le classement général. Vu le palmarès de cette course, y ajouter mon nom me rend très heureux. Quant au Tour de France, porter le maillot jaune et terminer dans les dix premiers m'a procuré un sentiment de fierté et m'a fait prendre conscience de mes possibilités. Reste à confirmer. Ce ne sera pas facile, mais pourquoi ne pas aller chercher une victoire d'étape cette année ? 2006 m'a laissé un goût de reviens-y (sic), j'ai envie de revivre de tels moments, c'était formidable.
Qu'est-ce que ces performances ont changé dans votre vie quotidienne ?
Cet hiver, mon téléphone a souvent sonné, pour que je sois présent à des manifestations et des réceptions ont même été organisées en mon honneur. Des choses auxquelles je n'étais pas forcément habitué. J'ai pris tout cela du bon côté, même si ce n'est pas toujours simple à gérer : l'hiver représente une période importante. Elle me permet de profiter de ma famille et il a fallu refuser certaines demandes. Je devais aussi me préserver.
Avez-vous quand même pu profiter de vos vacances ?
Oui, même si elles se sont révélées un peu plus chahutées que les précédentes. Il a fallu organiser un planning en conséquence, afin que je puisse quand même me reposer et profiter de la famille. Je suis parti en République dominicaine pendant dix jours avec ma femme et ma fille. Là, j'ai totalement coupé, c'était de vraies vacances. Concernant le vélo, j'ai arrêté pratiquement un mois. Une coupure fait beaucoup de bien. Physiquement, on en a toujours besoin, car une saison est longue et éprouvante, mais c'est surtout psychologiquement que c'est important. Cela permet ensuite de retrouver le vélo avec plaisir et envie.
Continuez-vous d'arpenter les routes du département de la Loire, d'où vous êtes originaire ?
Bien sûr. J'habite toujours dans le sud de la Loire et j'y suis très attaché. Mes performances ont un peu changé le rapport avec le public. Je suis plus reconnu sur les routes, les voitures me font signe. Il y a beaucoup de cyclistes qui, avant, me disaient simplement bonjour et qui, désormais, viennent me parler, me féliciter. C'est sympa.
Avant de prolonger avec AG2R cet été, n'avez-vous pas eu envie, à l'image des footballeurs, de tenter l'aventure à l'étranger, de découvrir une nouvelle culture ?
J'ai déjà eu l'occasion de courir à l'étranger, chez Phonak. C'était une belle expérience, cela permet de découvrir une autre culture du vélo. Et peut-être que je me trompe, mais beaucoup de footballeurs partent à l'étranger principalement pour gagner plus d'argent, même si c'est rarement l'argument officiel. Les raisons sont d'ordre fiscal, c'est plus attrayant à l'étranger, ce qui n'est pas du tout le cas en vélo. Aujourd'hui, je me sens bien chez AG2R, je n'avais aucune raison d'aller voir ailleurs.
S'agit-il de votre dernier contrat ?
Je ne sais pas. J'ai trente-deux ans, mais je suis encore très motivé, je n'ai aucun sentiment de lassitude. On fera le point dans trois ans.
Il y a quinze jours, vous avez donné le coup d'envoi de la rencontre entre l'ASSE et Lorient. Qu'avez-vous ressenti au bord de la pelouse ?
C'était très impressionnant. J'étais à la fois excité et un peu stressé de me rendre sur cette pelouse, de me retrouver au milieu de 25 000 spectateurs. J'en garderai un grand souvenir. C'est une chance de pouvoir donner un coup d'envoi dans une enceinte que je connais bien et que j'apprécie puisque je supporte l'AS Saint-Étienne. J'ai été bien accueilli, applaudi par le public, cela m'a fait très plaisir.
Propos recueillis par Franck Talluto
"Je suis conscient d'avoir plus de responsabilités au sein de l'équipe AG2R. (…) 2006 m'a laissé un goût de reviens-y, pourquoi ne pas aller chercher une victoire d'étape cette année ?", explique Cyril Dessel, ici lors des championnats du monde à Salzbourg.